l’autre

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Je met en ligne le début de l’un de mes deux nouveaux romans, car je ne pense plus avoir le temps d’écrire à cause de mon travail. Si vous voulez continuer l’histoire et/ou en faire une BD, contactez moi à cette adresse « yohan.guerrier@gmail.com ». Je vous enverrai le plan que j’ai pensé pour la suite de l’histoire.

 

 

Chapitre 1

1

Comme chaque matin, Maxence alla récupérer ses caméras en but de visionner les captures vidéo réalisées durant la nuit. Il étudiait les animaux nocturnes pour le compte de plusieurs chaînes télévisées. Plus précisément, cet homme réalisait des reportages. En parallèle, l’organisme national belge de la protection des espèces nocturnes l’employait afin de répertorier les individus dans la région, tout en s’assurant de leur bonne santé.
L’année précédente, une dizaine de ses collèges vinrent l’aider à marquer toutes les bêtes à l’aide d’un marqueur fluorescent pour repérer les nouvelles têtes plus facilement. Ce travail leur prit un mois. À présent, le biologiste se contentait de suivre leur évolution.

Maxence Poitiers incarnait physiquement le stéréotype du baroudeur. Ses cheveux ressemblaient à un tas de foi desséchée par un fort soleil d’été. Ils lui couvraient le front, les oreilles et la nuque, dans un désordre tel qu’on aurait dit que cette chevelure n’avait jamais rencontré une brosse ou un peigne.
Ce foutoir pileux se prolongeait dans sa barbe hirsute. Cela devait faire au minimum trois mois que ces poils n’avaient pas vu une paire de ciseaux, et encore moins une larme de rasoir. Cette touffe, blond maïs en accord avec sa chevelure, arrondissait son visage pourtant déjà bien rond naturellement. Cette rondeur se propageait à tout son corps. Il n’était pas forcément gros, comme le disait la majorité des personnes minces. Il possédait simplement une grosse ossature et quelques bourrelets. Cependant cette sensation « d’homme fort » s’accentuait par de larges vêtements qui se constituaient d’un pull deux fois trop grand, en laine grossière, complété par un pantalon, lui aussi d’une taille non appropriée, possédant de multiples poches au niveau des cuisses. Cette tenue se coloriait d’un vert foncé horrible, servant sûrement à se camoufler.
Cette allure non-chalande était perturbée par deux beaux yeux bleus très expressifs, pour son plus grand malheur. En effet, Maxence se faisait passer pour une personne bourrue n’aimant pas montrer ses ressentis ni ses sentiments. Selon lui, cette carapace (c’était le thème employé par lui-même) servait à se renfermer dans son monde. Il n’appréciait pas le contact humain (trop superficiel selon ses dires). Il vivait uniquement pour son travail et se contentait de la présence des bêtes. L’homme les trouvait nettement moins compliqués dans leurs échanges, et surtout plus sincères.
Évidemment dans contexte, notre personnage respectait les doctrines du végétarien parfait. Cependant, n’allez pas le croire enfantin envers les animaux. Aucune larme ne coulait au décès d’une bête. Il possédait juste un immense respect envers eux.

Maxence se situait sur un chemin terreux passant entre deux bâtisses. À sa gauche, sa demeure se blottissait à l’orée de la forêt, à tel point que sa petite pelouse se délimitait par les arbres. La maison était une ancienne fermette en briques rouges, bâtie sur deux étages. Sa grandeur impressionnait toujours la personne qui la voyait pour la première fois. On imaginait mal un individu vivre seul là-dedans.
Des barreaux d’acier noir protégeaient chaque fenêtre du premier étage.
Devançant cette maison, un haut portail en fer forgé gardait l’entrée de la cour qui se recouvrait d’une épaisse couche de gravier blanc.
À l’opposé de cette barrière, Maxence avait construit un chenil en dur pour ses dix chiens. Par chance, le voisinage était inexistant, car vu le les aboiements, il aurait déjà eu des problèmes avec la police.
Derrière l’homme, le chemin plongeait au cœur de la forêt en formant une forte montée dont on ne voyait pas la fin. De nombreux trous d’eau le défonçaient.

Notre héros pouvait admirer un très beau paysage. Il se composait simplement d’un champ terreux qui venait être labouré. On voyait nettement les sillons laissés par le tracteur. Quelques moineaux, parmi les brumes matinales, picoraient les graines laissées par la moissonneuse-batteuse. Au loin, un village, comportant une église dominant le reste des habitations, sortait d’un nuage tombé du ciel. Il donnait la sensation de voler. Au-dessus, le soleil se levait dans sa propre lumière pâle.
Sans trop connaître la raison, face à ce décor, l’homme pensa à la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément à l’enfer des bombardements.

Maxence monta dans son 4*4, puis emprunta une petite route coupant la forêt habillée par l’automne. Les feuilles rouges, orange et jaunes couvraient le sol. Elles étaient accompagnées par les fruits de la saison, et volaient au passage du véhicule. Ces mêmes feuilles diffusaient une agréable odeur de décomposition humide. Les arbres brûlaient après avoir passé un bel été à arborer leur verdure aux promeneurs qui flânaient sur le chant des oiseaux. La nature entrait en état de transition. La mort ne l’avait pas encore atteint. Elle s’y préparait en montrant ses plus belles couleurs, comme si elle ne voulait pas mourir dans la tristesse. De toute façon, elle savait qu’elle revivrait l’année prochaine.

Le véhicule s’arrêta sur un étroit chemin goudronné, bordé de champs et de pâtures. Maxence descendit, puis marcha vers un tunnel d’arbres. À cet endroit, le feuillage, encore touffu pour la saison, tamisait fortement la lumière naturelle. De chaque côté de l’allée, un petit faussé permettait l’eau des pluies de s’évacuer dans les champs.
L’homme s’approcha d’une grosse branche qui traversait la route, tout en étant à une hauteur d’environs de deux mètres. Grâce à sa grande taille, notre héros l’attrapa sans soucis, puis la tira vers lui afin de récupérer sa caméra à détecteur de mouvements.
Il continua sa tournée (environs cinq lieux différents), et finalement retourna chez lui, espérant voir, ou au pire d’apercevoir, quelque chose d’intéressant, car ces derniers jours, les films ne dévoilaient rien.

2

Maxence pénétra dans une grande pièce réunissant le salon, la salle à manger, la cuisine et le bureau. Le style général, en thème décoratif, puisait dans les années de la prohibition. Les murs étaient en briques rouges, le sol se couvrait d’un parquet imitation béton claire, et le plafond se colorait d’un blanc presque parfait. Tous les meubles semblaient sortir d’un atelier industriel. Évidemment quelques touches de design, comme des bords arrondis, les embellissaient, et par conséquent, les rendaient éléments décoratifs. Sur chaque bibliothèque, en nombre de trois, des vidéos et des livres animaliers s’entassaient dans un tel désordre qu’on pouvait se demander à la fois comment cet ensemble ne tombait pas dans un immense fracas, et de quelle manière le propriétaire de cette demeure faisait pour s’y retrouver.
Au fond de la pièce, côté salon, un poêle moderne enfermait un feu qui chassait l’humidité ambiante, en chantant joyeusement. Sur la droite de la buse apparente, une télévision à écran plat trônait, accrochée au mur. Devant, un vieux fauteuil d’une place en cuir noir usé offrait une confortable assise à l’unique spectateur.
À l’opposé, Maxence pouvait se préparer de bons petits plats dans une cuisine composée uniquement d’un îlot central massif. Il servait à tout faire : la cuisson sur des plaques électriques, de rangement et de table à manger. Ce meuble rouge laqué était surmonté par une hôte en aluminium qui lui fournissait la lumière et aspirait la vapeur des cuissons.
Entre ces deux endroits, Maxence avait établi son bureau, ou plutôt ce qui semblait en être un, sur lequel un « MacBook pro » affichait un lac perdu au milieu d’une immense forêt, au milieu d’un bordel de cartons renfermant tout son matériel professionnel.

Cette pièce contenait quelque chose d’original pour notre monde, mais pas pour le leur. Des points lumineux, parfois bleu ciel parfois jaune-canari, ayant la même taille d’une luciole, volaient en tous sens. Ils étaient parfaitement ronds et ne laissaient pas le regard passer au travers d’eux, contrairement aux objets. Leur couleur éclairait leurs alentours sur un périmètre d’environ dix centimètres carrés. Aucun bruit n’accompagnait leurs mouvements calmes et ordonnés. Ces trucs volants se nommaient « fées ». Elles vivaient uniquement dans les demeures et cohabitaient parfaitement avec leurs habitants. Ces derniers leur portaient peu d’attention, vu qu’elles faisaient partie du décor depuis toujours. De plus, leur contact ne procurait aucune sensation particulière. On pouvait presque dire qu’elles semblaient être transparentes au regard des Hommes.

Durant dix siècles, plusieurs équipes de scientifiques avaient réalisé des études sur ces êtres. Au début, ils crurent que c’était une manifestation de dieu. Évidemment les religieux de cette époque défendaient avec rage cette thèse. Cependant, après six siècles de recherche, les Hommes de science conclurent que les « fées » (provenant du mot « fé » signifiant « destinée ») existaient bien avant les humains, et communiquaient entre elles au travers de leur sorte de danse tellement complexe qu’ils n’avaient pas réussi à la déchiffrer. Par contre, les chercheurs comprirent que la vitesse des mouvements était en rapport direct avec l’état d’esprit des habitants : plus l’énervement régnait au sein de la famille, plus leurs gestuelles se voulaient rapides.
La poussière semblait être leur nourriture, car lorsqu’une particule pénétrait en eux, parfois elle ne ressortait pas (c’était pratique pour le ménage). Les fées ne changeaient jamais de taille, et cela peu à importe la quantité d’aliments absorbés.
Concernant leur reproduction, elle était tout simplement inexistante. Cela signifiait que chaque individu vivait depuis leur apparition. À partir de ce constat, les biologistes modernes cherchèrent à savoir si les fées pouvaient stocker des informations sur le passé. Malheureusement le mystère restait encore entier.
Les fées respectaient une structure hiérarchique. On constatait que l’une entre elles recevait plus de messages par rapport aux autres (concrètement, les supposées « servantes » réalisaient des mouvements en face de la « chef » avant de faire une action, comme si elles demandaient une autorisation). À part ce protocole, rien ne les distinguait.

Maxence s’installa devant son ordinateur, inséra le premier DVD (il n’était pas encore passé aux cartes mémoire à cause du coût du matériel compatible avec cette technologie) dans le lecteur, et constata, avec une légère déception, qu’il était vide. L’homme fit de même avec le deuxième, puis le troisième. Même constat. Sans grand espoir, il mit le quatrième qui était, par une non-logique totale, le premier à avoir été récupéré durant sa tournée. Le logiciel de vidéo indiqua la présence de deux séquences filmées. Sur la première, on voyait un gros lièvre se promenant tranquillement, reniflant de temps à autre des feuilles mortes recroquevillées. Maxence reconnut aussitôt l’animal. C’était un individu de sexe masculin, âgé de trois ans et pesant environ trois kilogrammes (ce poids était légèrement au-dessus de la moyenne). L’homme prit quelques notes sur un calepin, puis passa au film suivant.

L’écran montra durant quelques secondes la route plongée dans la nuit. Le calme régnait. Seule une légère brise faisait remuer lentement les éléments du décor. Soudain, le silence nocturne fut rompu par un bruit de feuilles froissées. Il semblait être composé de craquements, comme lorsqu’on marche sur elles, et un son provenant d’une chose, ayant un poids conséquent, traînée sur le sol. Évidemment ces craquements ne ressemblaient nullement à un cri de bête. Maxence monta le volume sonore de son Apple, et se rapprocha de l’écran espérant bêtement de voir l’origine du bruit avant même que celle-ci se montre. Il s’intensifiait au fur et à mesure que les secondes passaient.
À sa grande surprise, l’homme attentif vit apparaitre un individu de profil, dissimulé sous une capuche d’un gros parka vert (comme tout le reste des éléments affichés sur l’écran, car, évidemment la caméra filmait en vision nocturne). Cette personne avançait avec difficulté, comme si elle traînait un poids mort derrière lui, ce qui était le cas. Lorsqu’elle se trouva au centre de l’écran, Maxence vit une corde nouée autour de sa taille, et tendue au maximum derrière lui. Elle devait forcément être reliée à une grosse masse traînant sur le sol.
Ce nouveau personnage devait se pencher fortement en avant pour ne pas tomber en arrière à cause de cette chose qui ne tarda pas à apparaitre. Elle épousait une forme très allongée et s’enveloppait dans ce qui paraissait être une bâche en plastique, comme celle qui recouvre parfois les piscines gonflables. Ce truc possédait à peu près la même longueur d’une personne.
L’individu s’approcha du fossé pour y faire rouler le parquet après avoir détaché la corde.
Il était sur le point de quitter le champ de la caméra, tête baissée, quand il s’arrêta quelques secondes, avant de revenir sur ses pas. Toujours le visage tourné vers le sol, l’inconnu se positionna parfaitement devant l’objectif, comme s’il savait exactement où il se situait, si bien qu’il s’y trouvait à un mètre seulement. Cet hypothétique fantôme (après tout, ça pourrait être cela) leva lentement la tête. Une chose terrifiante apparue. Un visage peinturluré fixa la caméra avec un sourire machiavélique et tellement pas naturel. Son regard était rieur, mais pas d’un rire joyeux, plutôt d’un de folie. Cette folie s’accentuait par le maquillage. La peinture et les divers postiches le faisaient ressembler à un travesti : les cils se prolongeaient par des rallonges souvent portées par les transformistes. Ceci créait un regard très féminin intensifié par l’ombre à paupières, peut être bleu, sur les yeux. Du rouge à la lève mettait en valeur sa bouche perdue dans la nuit verte. Les joues semblaient être colorées par du fond de teint clair.
Maxence avait des difficultés à déterminer le sexe de l’individu, car son apparence, tout au moins au niveau du visage, faisait penser naturellement à une femme. Cependant sa démarche, et peut être sa force, tout dépendait du poids de la chose qui traînait, laissait croire le contraire. De plus, son visage possédait quelque chose de faux, comme si une peu artificielle recouvrait son visage, tel un masque.. La mauvaise qualité de l’image n’aidait pas notre héros.

Cette transformation, si cela en était une, aurait pu être drôle, voir ridicule, dans une autre situation. Mais là, elle renvoyait l’effroi. La nuit habillée par la saison amplifiait cette sensation dans l’esprit de Maxence. Cependant, le moment le plus effrayant se fut lorsque l’homme ou la femme se mit face à la caméra, puis montra sa main gauche grande ouverte avec la pomme bien visible sur laquelle une série de chiffres apparaissait. Cela ressemblait à un numéro de téléphone. Maxence machinalement mit en pause la vidéo pour lire attentivement ces chiffres. Il les avait déjà vu quelques parts, mais il ne savait plus où. Au bout de la troisième lecture, un petit cri aigu d’étonnement résonna dans la pièce. Aussitôt les fées cessèrent leurs activités et vinrent regarder l’écran d’ordinateur. À ce moment précis, l’homme venait de se rendre compte que ces chiffres étaient ni plus ni moins son propre numéro de téléphone portable.
Après la surprise vient la peur. Il prit son cellulaire afin de s’assurer de la validité du fait. Cela peut paraître débile, mais dans un moment pareil, on n’est plus sûr de rien. Ces doigts tremblaient légèrement sur l’écran tactile. Ceci n’était pas du tout habituel, car le calme qualifiait très bien notre héros. Il raisonnait toujours comme une personne posée et réfléchie. Mais là, la situation lui faisait perdre son sang-froid.
Le numéro était correct. Il remit en route la vidéo, espérant d’obtenir plus d’informations. Malheureusement pour lui, l’homme quitta simplement le champ de vision.

En même temps qu’il réfléchissait aux procédures à suivre, les fées tournaient rapidement autour de lui. Elles avaient l’air paniquées, tout comme Maxence.
Après quelques minutes de réflexion, il décida d’appeler la police et de leur donner rendez-vous directement sur les lieux.

Naturellement il arriva sur place le premier. En se rapprocha du faussé, l’homme vit sans souci la fameuse bâche. La souleva légèrement en cachant sa main dans sa manche pour ne pas laisser d’empreinte. Un jeune visage masculin sans vie apparue, ainsi d’une gorge ouverte en deux horizontalement.

3

Deux pompiers soulevaient le corps à l’aide d’une civière, et le placèrent dans leur camion. En même temps, Maxence se faisait interroger par un argent de police qui était le stéréotype de l’inspecteur de police français. Il portait une grosse moustache rousse si touffue qu’on ne voyait pas sa lèvre supérieure. Cette pilosité se prolongeait dans les sourcils qui formaient qu’un. Son visage reflétait la sévérité. Sévérité accentuée par une coupe de cheveux venant d’un autre siècle. Une raie parfaitement dessinée traversait le crâne, un peu trop rond, sur le côté droit. Elle était tellement prononcée que la peau se dévoilait. Sa blancheur tranchait nette avec le mauvais roux des cheveux qui se couchaient complètement sur le côté formant ainsi la coiffure d’Adolf Hitler. Ceci étant dit, cet homme devait avoir le plus grand mal à réaliser cette raie vu l’importante quantité de gel.
Cet individu se prénommait Hubert et avait une cinquantaine d’années. Dans la région, une mauvaise réputation, essentiellement du côté des jeunes gens, le suivait comme son ombre. Cette constatation se métallisait sur certains murs, au travers de graffitis l’insultant directement. Les habitants lui donnèrent le surnom de « cowboy » à cause de son arrogance et de son non-respect des personnes. Une fois, il fut appelé, avec son collègue, sur une intervention qui consistait à venir en aide à un homme. Ce dernier s’était renfermé dans la salle de bain de son appartement, car sa femme, totalement saoule, le menaçait de le poignarder à la suite d’une crise de jalousie.
Comme à son habitude, Hubert rentra sur les lieux en premier, d’un pas déterminé et plein d’assurance. Il hurla sur la dame pour qu’elle lâche son arme. L’effet de l’alcool se faisant, elle traîna sa grosse carcasse vers le policier, d’une façon non assurée, un peu comme un mort vivant. Sans aucune hésitation, Hubert fonça sur la femme, la plaqua au sol violemment et la menotta sous les yeux ébahis de son jeune collègue. Malgré son âge avancé, l’action dura seulement quelques secondes.
Christophe, le « bleu », essaya d’expliquait gentiment à son nouveau coéquipier qu’il n’était pas obligé de mettre tant de violence dans son arrestation vue les capacités physiques très limitées de l’agresseuse. Il eût comme réponse un jolie « ferme ta gueule ».

Maxence donna toutes les informations et invita le commissaire à venir chez lui pour récupérer la vidéo montrant le tueur.

4

Allongé sur son lit, Maxence repensait à sa journée très mouvementée et non pas moins originale. Ceci lui faisait resurgir de mauvais souvenirs de son enfance.

En effet, l’homme avait eu un début de vie compliqué à cause de sa sœur jumelle. Cette dernière fut diagnostiquée étant une schizophrène. Elle entendait des voix qui lui demandaient de réaliser des actions parfois dangereuses pour elle et surtout envers les autres, comme par exemple mettre des coups de poing sur un visage juste pour le faire changer de couleur et de forme. Mélanie, la sœur, prenait un traitement médicamenteux afin de diminuer ses accès de violence. Ceci la mettait dans une sorte d’état second, la vidant de toutes ses forces physiques et de la majorité de ses capacités à réfléchir. Dans ces conditions, une scolarisation dite « normale » était évidemment impossible. Sa mère lui faisait cours à son rythme et surtout selon ses sauts d’humeur.

Nous pouvons facilement imaginer le choc reçu par les parents à l’énoncé, par le spécialiste, du nom de la maladie de leur enfant. La mère n’attendit pas la suite du discours. Elle était comme tombée au fond d’un puits, où le monde lui semblait loin, très loin même. Une tempête de pensées se leva subitement, empêchant de recevoir les bruits de son environnant. Elle savait déjà qu’elle allait avoir le plus grand mal à remonter vers la réalité, et qu’une nouvelle page de sa vie commençait. Une page marquée de noir, à priori.
De plus, Manon se sentait coupable d’avoir mis au monde cet enfant. L’espace de quelques secondes, elle commença à croire qu’elle avait fait quelque chose de mal durant sa grossesse. Mais quoi ?

Elle voulut crier pour conjurer le sort, ou afin d’échapper de ce cauchemar qui lui semblait quand même bien réel. Mais aucun cri ne sortait, juste un souffle court et rapide, comme si elle venait de faire un marathon.
À présent, les chemins de sa vie l’emmenaient vers l’inconnu.

Concernant le père, Georges, il prit la nouvelle d’une tout autre manière. Aussitôt l’onde de choc de l’annonce passée, il saisit l’avenir en main. Commença par remonter le moral de sa femme avec difficultés (sa réussite se tint au fait qu’il lui proposa de s’occuper personnellement de la scolarité de leur enfant). Puis, consultèrent ensemble différents spécialistes jusqu’à découvrir le bon. C’était une femme qui exerçait à Bruxelles. Après seulement quelques séances, elle trouva un traitement convenable, même si malheureusement il mettait l’enfant un peu dans les vapes.

Un jour, vers l’âge de quatorze ans, les deux enfants furent laissés seuls dans la maison pendant que les parents partirent faire les commissions. Le frère et la sœur naviguaient tranquillement sur internet, lorsque, sans aucune raison apparente, Mélanie cessa ses activités et se dirigea vers Maxence. Elle marchait lentement avec un sourire aux lèvres qui reflétait la folie saupoudrée de sadisme. Ses yeux trahissaient la nature de son intention, en occurrence une mauvaise.
La jeune fille se plaça derrière la chaise à roulettes de son frère, posa sa main sur l’épaule et fit pivoter l’assise violemment. Le garçon faillit tomber en perdant l’équilibre durant la rotation. Il se retrouva, sans même comprendre ce qui lui arrivait, face à un visage haineux.
Le jeune homme comprit rapidement que sa sœur était en proie à une crise de démence. Essaya de la calmer en posant d’abord doucement ses mains sur les épaules féminines, puis en prononçant les mots suivants :
« Ma puce respire doucement. Calme-toi s’il te plaît, je vais te chercher ton médicament »
À peine la phrase terminée, l’adolescent reçut une baffe tellement violente que cette fois-ci, il perdit vraiment l’équilibre, et tomba lourdement sur la grosse moquette bleue. Toujours aussi rapidement, un fort coup de pied au niveau des côtes lui coupa instantanément la respiration, l’empêchant de se relever pour se défendre sans violence, car il n’aurait pas pu user de la force, même si sa vie en dépendait.
Maxence avait totalement conscience de la maladie de sa sœur. Ses parents lui expliquèrent vers l’âge de neuf ans. Aussitôt le garçonnet prit la fillette sous ses ailes pour la protéger du monde extérieur, et surtout des autres enfants lorsqu’ils allaient au pack situé en bas de l’immeuble.
Malheureusement pour lui, surtout à ce moment-là, cet amour n’était pas réciproque. Mélanie attrapa un porte-crayon métallique, puis le lança de toutes ses forces sur la tête de son frère, ce qui a eu pour effet une perte de connaissance. La fille retourna facilement le corps masculin inanimé. Se mis à califourchon sur lui et commença son jeu favori, c’est-à-dire déformer un visage par de grands coups répétés. Ses jointures de ses mains devinrent rapidement rouges, pour être ensuite que des plaies ensanglantées. Le sang coulait également sur le visage boursouflé et bleui, dont l’arcade sourcilière gauche éclata rapidement. Ce n’était pas la seule partie à être amochée. Le nez venait de se casser, en produisant un horrible craquement, sous la force d’un coup. Encore une fois, le sang se mit aussitôt à gicler abondamment. Cette substance s’écoula par la bouche grande ouverte et toujours inanimée. La tête tournait vers la gauche et vers la droite au rythme des « crochés ».
Durant ce temps, la panique régnait parmi les fées. Elles volaient en tous sens et de façon désordonnée.
Par chance, la crise de démence se termina aussi brutalement qu’elle avait débuté. Mélanie retourna à son ordinateur, comme si rien n’était passé, jusqu’à l’arrivée des parents.

La mère horrifiée découvrit la scène. Maxence fut conduit aux urgences où le médecin diagnostiqua un traumatisme crânien, ainsi d’un nez cassé et des plaies ouvertes. Le jeune homme garda le lit d’hôpital durant une semaine.

À son retour à la maison, il décida de quitter le foyer familial le plus vite possible, non pas par haine envers sa sœur, car il savait très bien que ce n’était pas de sa faute, mais pour simplement se protéger. Il continua à jouer son rôle de grand frère protecteur jusqu’à son départ. Cependant l’adolescent se sentait partagé entre l’amour et l’indifférence. Comment aimer une personne, même étant sa propre sœur, si elle peut à tout moment me frapper et en conséquence m’envoyer à l’hôpital ? Pensa-t-il.
De plus, une chose rendait la situation encore plus complexe. Durant les périodes calmes de Mélanie, la sœur et le frère partageaient de bons moments ensemble. Par conséquent, un lien s’était formé entre eux, comme un couple fraternel normal. Donc malgré la peur, il ne pouvait pas avoir une relation artificielle avec elle. Un amour non conventionnel le liait à sa jumelle qui le voulait ou pas. Les liens du sang ne sont pas faciles à rompe, sûrement à cause des souvenirs et de leurs ressentiments.

5

À l’extérieur de la chambre de Maxence, dont la décoration voulait s’inspirer fortement de celles appartenant à la royauté française du dix huitièmes siècles, et plus précisément hors des murs de la maison, les éléments naturels, surtout le vent, démontraient leur supériorité. Il frappait contre les volets clos, entraînant avec lui la pluie qui, au contact du bois, produisait une triste mélodie apaisante.
L’homme imaginait facilement les arbres s’agiter en tous sens comme des fous, ce qui était le cas. Ils chantaient dans cette nuit remplie de terreur et de questionnements au sujet du tueur.

6

Les jours suivants, les journaux s’emparèrent du sujet, et comme toujours dans ce cas, une atmosphère de curiosité s’installa rapidement parmi la ville et les villages alentour. Les habitants n’avaient pas forcément peur, car à ce jour on comptait seulement une victime. Ceci était trop peu pour parler de tueur en série.
Les discutions au sein des bistros tournaient autour du nouveau fait divers dans la région qui en comptait peu, voir nullement, en tout cas de cet intérêt. Les clients des bars essayaient de trouver eux même le coupable. Évidemment, chaque personne sortant de leur normalité devenait rapidement le tueur, dans leur imagination façonnée par les nombreuses émissions au sujet de divers crimes, durant lesquelles la « voix off » expliquait que souvent le criminel avait eu une enfance difficile au travers de parents perturbés et surtout pas dignes de leur rôle.

En même temps, Maxence avait repris une existence normale, omis le fait que deux policiers l’avaient suivie dans ses déplacements durant quinze jours après la découverte du corps, et que pendant les nuits, une voiture de patrouille restait devant la demeure. Il continuait à étudier les animaux régionaux, à la différence près que chaque fois qu’il visionnait une vidéo, une boule au ventre se formait par peur de revoir le visage hideux. Si c’était le cas, logiquement la police lui avait demandé de les appeler au plus vite, sans même se rendre sur les lieux, cette fois-ci. L’homme, dans une telle situation, écouterait sûrement ces recommandations, vu le choc reçu la première fois.

Chapitre 2

1

Mélanie était allongée dans son lit qui collait un mur de sa chambre d’hôpital pour les malades mentaux. Aucun meuble ne se trouvait en cet endroit. Ce dernier donnait une impression de confort, comme si on se promenait sur un gros nuage, au travers des murs, du sol et du plafond capitonnés.
La blancheur de la chambre se voulait être à l’opposé total du reste de l’endroit. En effet, l’hôpital se constituait d’un dédale de couloirs sombres coincé entre d’un côté une rangée de portes ouvrant sur des chambres toutes identiques, et de l’autre côté une série d’immenses fenêtres donnant vue sur un parc complètement défraichi assombrissant encore plus les lieux. Parfois ces couloirs débouchaient sur une salle commune servant de lieu de rencontres pour les pensionnaires, ou sur une pièce de repos à l’attention du personnel hospitalier.

Mélanie passait énormément de temps dans cette position, voyageant parmi ses univers imaginaires, en nombre de deux.
Le premier était un paysage venant d’une autre époque et d’un monde différents : la femme dominait une forêt tropicale qui s’étalait, à ses pieds, sur une distance infinie. Des objets bizarres volaient au-dessus de cette verdure. Ils ressemblaient à d’énormes insectes avec quatre ailes, comme les libellules, sûrement en fibre de verre. Elles semblaient être aussi légères que le vent, en tout cas, leur transparence faisait penser à cela. Elles battaient l’air en produisant un bruit sourd et plutôt agréable. Ce son s’accordait à merveille avec les cris d’animaux qui sortaient de la canopée brumeuse. Ces choses volantes se déplaçaient paresseusement vers le couchant. Il propageait un feu visuel dans tout un ciel dépourvu de nuage. On ne pouvait pas voir si une personne humaine, ou d’une autre espèce, conduisait ces sortes d’avions. Mais peut-être, ces engins se voyageaient de façon automatique, qui sait. Leur destination était inconnue.
Parfois une immense méduse avec de très longs tentacules blancs sortait lentement de la forêt et disparaissait dans le ciel. Elle possédait une grosse tête, faisant également office de corps, gluante et de couleur vert marré. Ce coloris repoussait le regard.
Derrière Mélanie, un portail métallique, tel qu’on pouvait trouver face à un manoir datant d’un siècle lointain, permettait un passage rapide dans l’autre monde.

Le deuxième univers était beaucoup plus sombre. Il se constituait d’une sorte de vieille université anglaise. Elle se voulait être très imposante et comportait de multiples façades, dont chacune entre elles possédait un nombre incalculable de fenêtres, tous sens lumière malgré la pâle lueur du jour. En effet, la neige tombait à gros flocons sous un bas plafond gris foncé sans nuance.
Au premier regard, on voyait directement que le bâtiment était à l’abandon depuis longtemps : certaines vitres avaient volé en éclat, les murs se fissuraient par endroits et des plantes leur montaient dessus, et la majorité des portes ne servaient plus à grand-chose vu leur état. De plus, un calme pesant y régnait, tout comme l’impression d’être dans un pays d’Europe de l’Est communiste. Cela venait sûrement de la neige, ainsi de la tristesse du décor.

Mélanie se promenait de salles de classe en salles de classe. Elles étaient tous organisées de la même façon : des petites tables d’une place alignées parfaitement en trois colonnes de vingt lignes, devant un tableau noir parfois encore marqué de craie blanche. La grandeur des pièces, accompagnée par la nudité des murs et du plafond qui laissaient voir les briques rouges salies par le temps, donnait une impression d’industrie ancienne, de type métallurgique, ce qui accentuait la sensation de froid aussi bien physique que mentale. Les immenses vitres face aux entrées amplifiaient cette froidure, car elles laissaient entrer facilement le vent glacial et montraient la neige tourbillonnante au rythme de ce même vent.
Parfois une main enfantine se dessinait dans la poussière qui couvrait les petits pupitres. Cela laissait à penser que des personnes habitaient ce lieu, ce qui était le cas.

Un groupe de cinq individus, habillés de cape noire à capuchon couvrant tout leur corps, et portant des masques gris avec un long nez ressemblant à bec de perroquet en plus long (ces faux visages ressemblaient à ceux portés au moyen-âge par les personnes qui manipulaient les cadavres des lépreux), essayaient toujours de l’attraper pour une raison inconnue.
De temps à autre, elle se réfugiait dans des toilettes où un homme en décomposition se balançait sur un réseau de files barbelées. Une perfusion contenant un liquide jaune urine était encore plantée dans son bras. Une épouvantable odeur d’excréments embaumait ce tableau.

Malgré que tout cela se voulait être seulement dans son imaginaire, Mélanie ressentait les impressions et les sentiments procurés par les visions.

Lorsque la femme revenait dans le monde réel, elle voyait les choses différemment que nous. Tout se représentait comme si elle se trouvait au sein d’une bande dessinée aux dessins hyperréaliste, mais dont certains traits, surtout au niveau des visages, étaient accentués : si une personne possédait un nez un peu plus gros que la moyenne, il devenait un appendice nasal hors normes. C’était de même pour les atmosphères et les ambiances. Quand Mélanie buvait un verre par exemple dans un bar à thème, elle se voyait immédiatement être plongée dans cet univers, à tel point qu’elle ne faisait plus la distinction entre son imaginaire et la réalité.

2

Une fois par journée, les résidents de l’hôpital, en tout cas ceux qu’ils ne représentaient pas un danger pour autrui, étaient autorisés à sortir de leur chambre pour rejoindre une salle commune qui comportait une petite bibliothèque contenant essentiellement des livres enfantins, et un coin « télévision » avec un canapé cinq places. Une grille renforcée protégeait l’écran plat, ainsi que les vitres, d’éventuelles projections d’objets dessus (pendant les moments de crises de certains patients, des objets de toute sorte volaient en tous sens). Dans la salle, il y avait également une sorte de petite pièce fermée par des vitres en pecsiglace transparent. Celle de devant comportait une grille métallique servant à laisser passer le son de la voix, et elle était devancée par un fin présentoir servant à poser des gobelets en plastique blanc contenant des pilules ou de l’eau. Ces verres passaient par une trappe fermée avec un système électrique qui pouvait s’ouvrir par l’appui sur un bouton. Cette action était souvent réalisée par la même femme. Elle se prénommait Sévérine, et personne ne l’appréciait dans l’hôpital, même pas le personnel. Il fallait dire qu’elle était, comme on le disait communément, aimable telle une porte de prison. Cette dame arrivait toujours pile à l’heure du commencement de sa garde, et repartait à l’heure exacte de sa fin. Grâce à cela, elle ne croisait aucun de ses collègues.
Malheureusement pour Séverine, cette ruse n’était pas réalisable avec les patients. Elle devait les supporter toute la journée, et surtout leurs bizarreries dues à leur maladie mentale. Il en avait qui souffrait d’un dédoublement de la personnalité. Par fois il se prenait pour un homme introverti très cultivé. D’autres fois, ils semblaient habités par une personnalité féminine extrovertie.
D’autres personnes attendaient des voies imaginaires qui leur disaient de réaliser diverses choses sortant de l’ordinaire, comme essayer d’escalader une armoire. Lorsque l’acte était dangereux pour eux même ou envers les autres, un infirmier, plutôt musclé, intervenait immédiatement, de façon très énergique. Et quand la force physique ne suffisait pas, une bonne dose de calmants était injectée dans le sang de la personne turbulente.

Sévérine habitait seule dans un malheureux « deux-pièces », avec comme unique compagnie une chatte siamoise. Elle était célibataire et vivait que pour les livres. Elle en dévorait au minimum deux tous les quinze jours. Elle n’avait pas vraiment de genre préféré. Le principal c’était que l’histoire la transporte loin de cette triste réalité. En effet cette dame se sentait mal dans sa peau à cause de sa beauté naturelle et ses formes avantageuses. Cela peut paraitre bizarre, voir, disons-le directement, totalement débile. Mais Sévérine ne supportait pas le regard des hommes, ni des femmes, sur sa plastique (c’est pour cela qu’elle portait uniquement des vêtements amples). Cela lui renvoyait une mauvaise image qu’elle même, car elle avait l’impression d’être une « Bimbo » sans intelligence, comme celles qu’on voyait durant la majorité des émissions de « télé-réalité ». Dans ces programmes audiovisuels, on aurait dit que plus les candidats étaient débiles, plus ils avaient de chance de devenir célèbres (cela montrait bien le niveau d’intelligence du peuple).

Pendant plusieurs années, Sévérine essaya de trouver l’homme sa moitié au travers de différentes relations éphémères avec des hommes de tout âge. Chaque fois, elle se rendait vite compte qu’ils étaient en couple avec elle uniquement pour la beauté de son corps. La relation ne durait jamais longtemps : le maximum fut six mois.
Elle ne pensait pas que tous les hommes ressemblaient à des bêtes assoiffées de sexe, mais qu’ils étaient attirés fortement par cela. Ils voulaient souvent passer des journées entières allongés dans le lit pour regarder la télévision et faire des câlins. Contrairement à Sévérine qui souhaitait visiter des musées ou faire de longues promenades dans la nature.

Parmi tous l’hôpital, les fées se promenaient au rythme des différentes folies. Parfois elles volaient très lentement, d’autres fois elles parcouraient rapidement et en zigzaguant de longues distances sans but apparent, comme si elles aussi souffraient d’une démence.

3

Mélanie avait le droit d’arpenter les couloirs de l’hôpital, car, avec son nouveau traitement médicamenteux, elle ne représentait plus un danger ni pour elle ni pour les autres. Cependant elle ne possédait pas beaucoup d’amis, car elle trouvait presque tout le monde bizarre. Ces gens possédaient des comportements qui sortaient complètement de l’ordinaire : ils se mettaient à crier pour aucune raison apparente, ou ils se déshabillaient à la vue de tous. Elle savait bien qu’elle aussi souffrait de problèmes mentaux, car elle était au courant que la morale interdisait de frapper les personnes. Mais cela se voulait être plus fort qu’elle. Ces pulsions la dominaient, et cela malgré sa grande volonté. Par chance, il y avait les médicaments. Certes ils la mettaient dans une sorte d’état second, un peu comme si elle voyageait sur un nuage douillet avec presque pas de force physiques, mais au moins notre héroïne en avait fini avec la violence.

Cependant, malgré son point de vue, Mélanie possédait quand même une sorte d’amie prénommée Ginette. Cette dame était une mère de famille qui avait été hospitalisée à cause du danger représentant pour ses trois enfants (deux filles et un garçon). Elle souffrait d’une bipolarité au plus haut niveau. Son humeur pouvait changer en quelques minutes seulement. Elle était joyeuse à un instant, et à un autre instant elle se mettait à pleurer comme si elle venait d’apprendre le décès d’un proche. Mélanie trouvait cela drôle, surtout quand elle s’amusait avec la maladie. Lorsque sa copine se trouvait dans moment joyeux, Mélanie l’énervait au maximum, en lui disant des conneries et en lui faisant des chatouilles comme une gamine, jusqu’un aide-soignant soit obligé de lui faire une piqûre pour la calmer. Et au contraire, durant les périodes tristes, notre personnage enfonçait Ginette avec des discours défaitistes, comme quoi elle ne sortira jamais de cet hôpital. Cela finissait par une tentative de suicide toujours avortée grâce à l’intervention de Mélanie. Eh oui, son amie n’était ni plus ni moins un jouet qui lui faisait passer le temps.

4

Depuis son arrivée à l’hôpital, Mélanie avait une grande rancœur envers son frère, Max, comme elle l’appelait. Cette colère était naît au départ de Maxence. La jeune femme, âgée alors de dix-neuf ans à cette époque, se rappelait encore très bien de cette journée sombre. Son frère avait entassé ses valises dans hall d’entrée de l’appartement. Il n’avait prévenu personne de son départ. Les parents, qui étaient totalement perdus par l’événement, lui posèrent énormément de questions afin d’essayer d’éclaircir la situation. Pour se faire, le petit groupe familial se renferma dans la cuisine, et commença une longue discussion qui se transforma rapidement en une grosse dispute.
Mélanie compris tout de suite la situation : Max voulait quitter le foyer familial, cela sûrement à cause d’elle, et plus précisément par peur de ses pulsions violentes. La sœur croyait de son frère comprenait sa maladie parfaitement depuis le temps. De plus, il s’occupait très bien d’elle. Quand Maxence avait du temps libre, il l’emmenait faire des promenades dans divers lieux naturels ou publics. Chaque fois, Mélanie passait de bons moments sous la protection masculine : si un enfant se moquait d’elle à cause d’un comportement anormal de sa part, aussitôt Maxence lançait un regard menaçant. Et si cela n’était pas suffisant, il avançait poing serré vers le garnement jusqu’à quand qu’il s’en aille.

Mélanie ne pouvait attendre seule dans le couloir, sans savoir ce qu’on disait au sein de la cuisine. Elle fut éruption dans la petite réunion, sans même prévenir de sa présence en frappant sur la porte.
« Max, je t’interdis de partir en me laissant seule ici », cria la jeune femme, dont les yeux étaient remplis de larmes.
L’auditoire fut stupéfait, car, en général, la famille pensait que la jumelle ne comprenait pas grand-chose à son environnement vu qu’elle vivait dans son propre monde.
« Tu aurais pu frapper à la porte — répondit le père — c’est discussion privée »
Maxence prit la parole :
« De toute façon, j’ai fini mes explications. Ma décision est prise : je pars. — Il se retourna vers sa sœur — je suis désolé ma puce, mais je dois partir pour ne plus revenir. Maman et papa t’expliqueront. À dieu, pardonne-moi s’il te plaît. »
Il déposa un baissé sur la joue humide. Les yeux du garçon étaient également en proie aux larmes. Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas exploser en pleure. Il serra fermement la main féminine, puis embrassa tendrement ses parents.
Maxence était sur le point de sortir de l’appartement, quand il s’arrêta, valises à la main, à cause des dires de sa sœur prononcés avec une voix étranglée par une gorge serrée :
« C’est de ma faute si tu pars, je le sais. Tu as peur que je te tape de nouveau. Je te comprends, mais je te jure de ne pas le refaire »
Le jeune homme exprima un léger sanglot étouffé en guise de réponse. Il reprit son chemin vers la sortie, laissant derrière lui une famille dans l’incompréhension totale.

Les jours suivants furent compliqués pour tout le monde : les parents étaient partagés entre tristesse et colère. Ils auraient voulu en parler avec Maxence pour d’abord le comprendre, puis le dissuader de partir, même si cela n’aurait pas été simple. Évidemment, ils savaient d’un jour ou l’autre, Maxence allait quitter le foyer, mais ils ne pensaient pas aussi rapidement, et encore moins aussi subitement. De plus, Mélanie faisait de nombreuses crises de violences. Elle n’acceptait pas le départ de son frère. Elle le manifestait par des coups de poing dans les murs et les portes, quand ce n’était pas sur son père ou sa mère. En temps normal, Maxence aurait su la calmer par des mots accompagnés de câlins. Mais là, même l’augmentation de la dose de son traitement ne faisait rien. Si on ajoutait à cela ses quelques tentatives de suicide, l’atmosphère générale devenait insupportable.
Au bout de trois semaines de calvaire, et à bout de leurs forces physiques, mais également mentales, Manon et Georges décidèrent, à contrecœur, de placer leur fille dans une structure spécialisée, ce qui n’a pas été du goût de la concerner.

Dès son arrivée à l’hôpital, Mélanie transforma sa tristesse en haine envers son frère. Selon elle, il l’avait tout simplement abandonné, lui privant de tout repère essentiel pour son bien-être. Ses crises de violences étaient terribles. Elle ne pouvait plus les contrôler, même avec son traitement. Maxence arrivait toujours à la calmer au travers de ces mots bien choisis qui faisaient un drôle d’effet : elle avait l’impression d’être dans une bulle protectrice où les agressions extérieures ne pouvaient pas l’atteindre. À présent, cette protection venait d’éclater, l’exposant ainsi à la dureté de la réalité.
Ce fait fit rapidement apparaitre une haine en elle, qui grandissait de jour en jour.

Depuis quelque temps, Mélanie voulait soulager cette haine en se vengeant. Mais comment faire en étant renfermé dans cet hôpital ? Pensa-t-elle. Elle lui fallait un plan, car cet enfoiré ne devait pas rester sans jugement. Un plan pour s’en fuir de cette structure bien gardée, se défiler de la surveillance des gardes et du corps médical, sans oublier d’une fois dehors, je devrais savoir quoi faire. Mais aux parts avant, je dois procéder étape par étape, en commençant par me passer de ces médicaments, car, évidemment, je n’en aurais pas hors de ces murs.
Les jours suivants furent consacrés à l’élaboration de son évasion.

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