l’autre

l’autre

Je met en ligne le début de l’un de mes deux nouveaux romans, car je ne pense plus avoir le temps d’écrire à cause de mon travail. Si vous voulez continuer l’histoire et/ou en faire une BD, contactez moi à cette adresse « yohan.guerrier@gmail.com ». Je vous enverrai le plan que j’ai pensé pour la suite de l’histoire.

 

 

Chapitre 1

1

Comme chaque matin, Maxence alla récupérer ses caméras en but de visionner les captures vidéo réalisées durant la nuit. Il étudiait les animaux nocturnes pour le compte de plusieurs chaînes télévisées. Plus précisément, cet homme réalisait des reportages. En parallèle, l’organisme national belge de la protection des espèces nocturnes l’employait afin de répertorier les individus dans la région, tout en s’assurant de leur bonne santé.
L’année précédente, une dizaine de ses collèges vinrent l’aider à marquer toutes les bêtes à l’aide d’un marqueur fluorescent pour repérer les nouvelles têtes plus facilement. Ce travail leur prit un mois. À présent, le biologiste se contentait de suivre leur évolution.

Maxence Poitiers incarnait physiquement le stéréotype du baroudeur. Ses cheveux ressemblaient à un tas de foi desséchée par un fort soleil d’été. Ils lui couvraient le front, les oreilles et la nuque, dans un désordre tel qu’on aurait dit que cette chevelure n’avait jamais rencontré une brosse ou un peigne.
Ce foutoir pileux se prolongeait dans sa barbe hirsute. Cela devait faire au minimum trois mois que ces poils n’avaient pas vu une paire de ciseaux, et encore moins une larme de rasoir. Cette touffe, blond maïs en accord avec sa chevelure, arrondissait son visage pourtant déjà bien rond naturellement. Cette rondeur se propageait à tout son corps. Il n’était pas forcément gros, comme le disait la majorité des personnes minces. Il possédait simplement une grosse ossature et quelques bourrelets. Cependant cette sensation « d’homme fort » s’accentuait par de larges vêtements qui se constituaient d’un pull deux fois trop grand, en laine grossière, complété par un pantalon, lui aussi d’une taille non appropriée, possédant de multiples poches au niveau des cuisses. Cette tenue se coloriait d’un vert foncé horrible, servant sûrement à se camoufler.
Cette allure non-chalande était perturbée par deux beaux yeux bleus très expressifs, pour son plus grand malheur. En effet, Maxence se faisait passer pour une personne bourrue n’aimant pas montrer ses ressentis ni ses sentiments. Selon lui, cette carapace (c’était le thème employé par lui-même) servait à se renfermer dans son monde. Il n’appréciait pas le contact humain (trop superficiel selon ses dires). Il vivait uniquement pour son travail et se contentait de la présence des bêtes. L’homme les trouvait nettement moins compliqués dans leurs échanges, et surtout plus sincères.
Évidemment dans contexte, notre personnage respectait les doctrines du végétarien parfait. Cependant, n’allez pas le croire enfantin envers les animaux. Aucune larme ne coulait au décès d’une bête. Il possédait juste un immense respect envers eux.

Maxence se situait sur un chemin terreux passant entre deux bâtisses. À sa gauche, sa demeure se blottissait à l’orée de la forêt, à tel point que sa petite pelouse se délimitait par les arbres. La maison était une ancienne fermette en briques rouges, bâtie sur deux étages. Sa grandeur impressionnait toujours la personne qui la voyait pour la première fois. On imaginait mal un individu vivre seul là-dedans.
Des barreaux d’acier noir protégeaient chaque fenêtre du premier étage.
Devançant cette maison, un haut portail en fer forgé gardait l’entrée de la cour qui se recouvrait d’une épaisse couche de gravier blanc.
À l’opposé de cette barrière, Maxence avait construit un chenil en dur pour ses dix chiens. Par chance, le voisinage était inexistant, car vu le les aboiements, il aurait déjà eu des problèmes avec la police.
Derrière l’homme, le chemin plongeait au cœur de la forêt en formant une forte montée dont on ne voyait pas la fin. De nombreux trous d’eau le défonçaient.

Notre héros pouvait admirer un très beau paysage. Il se composait simplement d’un champ terreux qui venait être labouré. On voyait nettement les sillons laissés par le tracteur. Quelques moineaux, parmi les brumes matinales, picoraient les graines laissées par la moissonneuse-batteuse. Au loin, un village, comportant une église dominant le reste des habitations, sortait d’un nuage tombé du ciel. Il donnait la sensation de voler. Au-dessus, le soleil se levait dans sa propre lumière pâle.
Sans trop connaître la raison, face à ce décor, l’homme pensa à la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément à l’enfer des bombardements.

Maxence monta dans son 4*4, puis emprunta une petite route coupant la forêt habillée par l’automne. Les feuilles rouges, orange et jaunes couvraient le sol. Elles étaient accompagnées par les fruits de la saison, et volaient au passage du véhicule. Ces mêmes feuilles diffusaient une agréable odeur de décomposition humide. Les arbres brûlaient après avoir passé un bel été à arborer leur verdure aux promeneurs qui flânaient sur le chant des oiseaux. La nature entrait en état de transition. La mort ne l’avait pas encore atteint. Elle s’y préparait en montrant ses plus belles couleurs, comme si elle ne voulait pas mourir dans la tristesse. De toute façon, elle savait qu’elle revivrait l’année prochaine.

Le véhicule s’arrêta sur un étroit chemin goudronné, bordé de champs et de pâtures. Maxence descendit, puis marcha vers un tunnel d’arbres. À cet endroit, le feuillage, encore touffu pour la saison, tamisait fortement la lumière naturelle. De chaque côté de l’allée, un petit faussé permettait l’eau des pluies de s’évacuer dans les champs.
L’homme s’approcha d’une grosse branche qui traversait la route, tout en étant à une hauteur d’environs de deux mètres. Grâce à sa grande taille, notre héros l’attrapa sans soucis, puis la tira vers lui afin de récupérer sa caméra à détecteur de mouvements.
Il continua sa tournée (environs cinq lieux différents), et finalement retourna chez lui, espérant voir, ou au pire d’apercevoir, quelque chose d’intéressant, car ces derniers jours, les films ne dévoilaient rien.

2

Maxence pénétra dans une grande pièce réunissant le salon, la salle à manger, la cuisine et le bureau. Le style général, en thème décoratif, puisait dans les années de la prohibition. Les murs étaient en briques rouges, le sol se couvrait d’un parquet imitation béton claire, et le plafond se colorait d’un blanc presque parfait. Tous les meubles semblaient sortir d’un atelier industriel. Évidemment quelques touches de design, comme des bords arrondis, les embellissaient, et par conséquent, les rendaient éléments décoratifs. Sur chaque bibliothèque, en nombre de trois, des vidéos et des livres animaliers s’entassaient dans un tel désordre qu’on pouvait se demander à la fois comment cet ensemble ne tombait pas dans un immense fracas, et de quelle manière le propriétaire de cette demeure faisait pour s’y retrouver.
Au fond de la pièce, côté salon, un poêle moderne enfermait un feu qui chassait l’humidité ambiante, en chantant joyeusement. Sur la droite de la buse apparente, une télévision à écran plat trônait, accrochée au mur. Devant, un vieux fauteuil d’une place en cuir noir usé offrait une confortable assise à l’unique spectateur.
À l’opposé, Maxence pouvait se préparer de bons petits plats dans une cuisine composée uniquement d’un îlot central massif. Il servait à tout faire : la cuisson sur des plaques électriques, de rangement et de table à manger. Ce meuble rouge laqué était surmonté par une hôte en aluminium qui lui fournissait la lumière et aspirait la vapeur des cuissons.
Entre ces deux endroits, Maxence avait établi son bureau, ou plutôt ce qui semblait en être un, sur lequel un « MacBook pro » affichait un lac perdu au milieu d’une immense forêt, au milieu d’un bordel de cartons renfermant tout son matériel professionnel.

Cette pièce contenait quelque chose d’original pour notre monde, mais pas pour le leur. Des points lumineux, parfois bleu ciel parfois jaune-canari, ayant la même taille d’une luciole, volaient en tous sens. Ils étaient parfaitement ronds et ne laissaient pas le regard passer au travers d’eux, contrairement aux objets. Leur couleur éclairait leurs alentours sur un périmètre d’environ dix centimètres carrés. Aucun bruit n’accompagnait leurs mouvements calmes et ordonnés. Ces trucs volants se nommaient « fées ». Elles vivaient uniquement dans les demeures et cohabitaient parfaitement avec leurs habitants. Ces derniers leur portaient peu d’attention, vu qu’elles faisaient partie du décor depuis toujours. De plus, leur contact ne procurait aucune sensation particulière. On pouvait presque dire qu’elles semblaient être transparentes au regard des Hommes.

Durant dix siècles, plusieurs équipes de scientifiques avaient réalisé des études sur ces êtres. Au début, ils crurent que c’était une manifestation de dieu. Évidemment les religieux de cette époque défendaient avec rage cette thèse. Cependant, après six siècles de recherche, les Hommes de science conclurent que les « fées » (provenant du mot « fé » signifiant « destinée ») existaient bien avant les humains, et communiquaient entre elles au travers de leur sorte de danse tellement complexe qu’ils n’avaient pas réussi à la déchiffrer. Par contre, les chercheurs comprirent que la vitesse des mouvements était en rapport direct avec l’état d’esprit des habitants : plus l’énervement régnait au sein de la famille, plus leurs gestuelles se voulaient rapides.
La poussière semblait être leur nourriture, car lorsqu’une particule pénétrait en eux, parfois elle ne ressortait pas (c’était pratique pour le ménage). Les fées ne changeaient jamais de taille, et cela peu à importe la quantité d’aliments absorbés.
Concernant leur reproduction, elle était tout simplement inexistante. Cela signifiait que chaque individu vivait depuis leur apparition. À partir de ce constat, les biologistes modernes cherchèrent à savoir si les fées pouvaient stocker des informations sur le passé. Malheureusement le mystère restait encore entier.
Les fées respectaient une structure hiérarchique. On constatait que l’une entre elles recevait plus de messages par rapport aux autres (concrètement, les supposées « servantes » réalisaient des mouvements en face de la « chef » avant de faire une action, comme si elles demandaient une autorisation). À part ce protocole, rien ne les distinguait.

Maxence s’installa devant son ordinateur, inséra le premier DVD (il n’était pas encore passé aux cartes mémoire à cause du coût du matériel compatible avec cette technologie) dans le lecteur, et constata, avec une légère déception, qu’il était vide. L’homme fit de même avec le deuxième, puis le troisième. Même constat. Sans grand espoir, il mit le quatrième qui était, par une non-logique totale, le premier à avoir été récupéré durant sa tournée. Le logiciel de vidéo indiqua la présence de deux séquences filmées. Sur la première, on voyait un gros lièvre se promenant tranquillement, reniflant de temps à autre des feuilles mortes recroquevillées. Maxence reconnut aussitôt l’animal. C’était un individu de sexe masculin, âgé de trois ans et pesant environ trois kilogrammes (ce poids était légèrement au-dessus de la moyenne). L’homme prit quelques notes sur un calepin, puis passa au film suivant.

L’écran montra durant quelques secondes la route plongée dans la nuit. Le calme régnait. Seule une légère brise faisait remuer lentement les éléments du décor. Soudain, le silence nocturne fut rompu par un bruit de feuilles froissées. Il semblait être composé de craquements, comme lorsqu’on marche sur elles, et un son provenant d’une chose, ayant un poids conséquent, traînée sur le sol. Évidemment ces craquements ne ressemblaient nullement à un cri de bête. Maxence monta le volume sonore de son Apple, et se rapprocha de l’écran espérant bêtement de voir l’origine du bruit avant même que celle-ci se montre. Il s’intensifiait au fur et à mesure que les secondes passaient.
À sa grande surprise, l’homme attentif vit apparaitre un individu de profil, dissimulé sous une capuche d’un gros parka vert (comme tout le reste des éléments affichés sur l’écran, car, évidemment la caméra filmait en vision nocturne). Cette personne avançait avec difficulté, comme si elle traînait un poids mort derrière lui, ce qui était le cas. Lorsqu’elle se trouva au centre de l’écran, Maxence vit une corde nouée autour de sa taille, et tendue au maximum derrière lui. Elle devait forcément être reliée à une grosse masse traînant sur le sol.
Ce nouveau personnage devait se pencher fortement en avant pour ne pas tomber en arrière à cause de cette chose qui ne tarda pas à apparaitre. Elle épousait une forme très allongée et s’enveloppait dans ce qui paraissait être une bâche en plastique, comme celle qui recouvre parfois les piscines gonflables. Ce truc possédait à peu près la même longueur d’une personne.
L’individu s’approcha du fossé pour y faire rouler le parquet après avoir détaché la corde.
Il était sur le point de quitter le champ de la caméra, tête baissée, quand il s’arrêta quelques secondes, avant de revenir sur ses pas. Toujours le visage tourné vers le sol, l’inconnu se positionna parfaitement devant l’objectif, comme s’il savait exactement où il se situait, si bien qu’il s’y trouvait à un mètre seulement. Cet hypothétique fantôme (après tout, ça pourrait être cela) leva lentement la tête. Une chose terrifiante apparue. Un visage peinturluré fixa la caméra avec un sourire machiavélique et tellement pas naturel. Son regard était rieur, mais pas d’un rire joyeux, plutôt d’un de folie. Cette folie s’accentuait par le maquillage. La peinture et les divers postiches le faisaient ressembler à un travesti : les cils se prolongeaient par des rallonges souvent portées par les transformistes. Ceci créait un regard très féminin intensifié par l’ombre à paupières, peut être bleu, sur les yeux. Du rouge à la lève mettait en valeur sa bouche perdue dans la nuit verte. Les joues semblaient être colorées par du fond de teint clair.
Maxence avait des difficultés à déterminer le sexe de l’individu, car son apparence, tout au moins au niveau du visage, faisait penser naturellement à une femme. Cependant sa démarche, et peut être sa force, tout dépendait du poids de la chose qui traînait, laissait croire le contraire. De plus, son visage possédait quelque chose de faux, comme si une peu artificielle recouvrait son visage, tel un masque.. La mauvaise qualité de l’image n’aidait pas notre héros.

Cette transformation, si cela en était une, aurait pu être drôle, voir ridicule, dans une autre situation. Mais là, elle renvoyait l’effroi. La nuit habillée par la saison amplifiait cette sensation dans l’esprit de Maxence. Cependant, le moment le plus effrayant se fut lorsque l’homme ou la femme se mit face à la caméra, puis montra sa main gauche grande ouverte avec la pomme bien visible sur laquelle une série de chiffres apparaissait. Cela ressemblait à un numéro de téléphone. Maxence machinalement mit en pause la vidéo pour lire attentivement ces chiffres. Il les avait déjà vu quelques parts, mais il ne savait plus où. Au bout de la troisième lecture, un petit cri aigu d’étonnement résonna dans la pièce. Aussitôt les fées cessèrent leurs activités et vinrent regarder l’écran d’ordinateur. À ce moment précis, l’homme venait de se rendre compte que ces chiffres étaient ni plus ni moins son propre numéro de téléphone portable.
Après la surprise vient la peur. Il prit son cellulaire afin de s’assurer de la validité du fait. Cela peut paraître débile, mais dans un moment pareil, on n’est plus sûr de rien. Ces doigts tremblaient légèrement sur l’écran tactile. Ceci n’était pas du tout habituel, car le calme qualifiait très bien notre héros. Il raisonnait toujours comme une personne posée et réfléchie. Mais là, la situation lui faisait perdre son sang-froid.
Le numéro était correct. Il remit en route la vidéo, espérant d’obtenir plus d’informations. Malheureusement pour lui, l’homme quitta simplement le champ de vision.

En même temps qu’il réfléchissait aux procédures à suivre, les fées tournaient rapidement autour de lui. Elles avaient l’air paniquées, tout comme Maxence.
Après quelques minutes de réflexion, il décida d’appeler la police et de leur donner rendez-vous directement sur les lieux.

Naturellement il arriva sur place le premier. En se rapprocha du faussé, l’homme vit sans souci la fameuse bâche. La souleva légèrement en cachant sa main dans sa manche pour ne pas laisser d’empreinte. Un jeune visage masculin sans vie apparue, ainsi d’une gorge ouverte en deux horizontalement.

3

Deux pompiers soulevaient le corps à l’aide d’une civière, et le placèrent dans leur camion. En même temps, Maxence se faisait interroger par un argent de police qui était le stéréotype de l’inspecteur de police français. Il portait une grosse moustache rousse si touffue qu’on ne voyait pas sa lèvre supérieure. Cette pilosité se prolongeait dans les sourcils qui formaient qu’un. Son visage reflétait la sévérité. Sévérité accentuée par une coupe de cheveux venant d’un autre siècle. Une raie parfaitement dessinée traversait le crâne, un peu trop rond, sur le côté droit. Elle était tellement prononcée que la peau se dévoilait. Sa blancheur tranchait nette avec le mauvais roux des cheveux qui se couchaient complètement sur le côté formant ainsi la coiffure d’Adolf Hitler. Ceci étant dit, cet homme devait avoir le plus grand mal à réaliser cette raie vu l’importante quantité de gel.
Cet individu se prénommait Hubert et avait une cinquantaine d’années. Dans la région, une mauvaise réputation, essentiellement du côté des jeunes gens, le suivait comme son ombre. Cette constatation se métallisait sur certains murs, au travers de graffitis l’insultant directement. Les habitants lui donnèrent le surnom de « cowboy » à cause de son arrogance et de son non-respect des personnes. Une fois, il fut appelé, avec son collègue, sur une intervention qui consistait à venir en aide à un homme. Ce dernier s’était renfermé dans la salle de bain de son appartement, car sa femme, totalement saoule, le menaçait de le poignarder à la suite d’une crise de jalousie.
Comme à son habitude, Hubert rentra sur les lieux en premier, d’un pas déterminé et plein d’assurance. Il hurla sur la dame pour qu’elle lâche son arme. L’effet de l’alcool se faisant, elle traîna sa grosse carcasse vers le policier, d’une façon non assurée, un peu comme un mort vivant. Sans aucune hésitation, Hubert fonça sur la femme, la plaqua au sol violemment et la menotta sous les yeux ébahis de son jeune collègue. Malgré son âge avancé, l’action dura seulement quelques secondes.
Christophe, le « bleu », essaya d’expliquait gentiment à son nouveau coéquipier qu’il n’était pas obligé de mettre tant de violence dans son arrestation vue les capacités physiques très limitées de l’agresseuse. Il eût comme réponse un jolie « ferme ta gueule ».

Maxence donna toutes les informations et invita le commissaire à venir chez lui pour récupérer la vidéo montrant le tueur.

4

Allongé sur son lit, Maxence repensait à sa journée très mouvementée et non pas moins originale. Ceci lui faisait resurgir de mauvais souvenirs de son enfance.

En effet, l’homme avait eu un début de vie compliqué à cause de sa sœur jumelle. Cette dernière fut diagnostiquée étant une schizophrène. Elle entendait des voix qui lui demandaient de réaliser des actions parfois dangereuses pour elle et surtout envers les autres, comme par exemple mettre des coups de poing sur un visage juste pour le faire changer de couleur et de forme. Mélanie, la sœur, prenait un traitement médicamenteux afin de diminuer ses accès de violence. Ceci la mettait dans une sorte d’état second, la vidant de toutes ses forces physiques et de la majorité de ses capacités à réfléchir. Dans ces conditions, une scolarisation dite « normale » était évidemment impossible. Sa mère lui faisait cours à son rythme et surtout selon ses sauts d’humeur.

Nous pouvons facilement imaginer le choc reçu par les parents à l’énoncé, par le spécialiste, du nom de la maladie de leur enfant. La mère n’attendit pas la suite du discours. Elle était comme tombée au fond d’un puits, où le monde lui semblait loin, très loin même. Une tempête de pensées se leva subitement, empêchant de recevoir les bruits de son environnant. Elle savait déjà qu’elle allait avoir le plus grand mal à remonter vers la réalité, et qu’une nouvelle page de sa vie commençait. Une page marquée de noir, à priori.
De plus, Manon se sentait coupable d’avoir mis au monde cet enfant. L’espace de quelques secondes, elle commença à croire qu’elle avait fait quelque chose de mal durant sa grossesse. Mais quoi ?

Elle voulut crier pour conjurer le sort, ou afin d’échapper de ce cauchemar qui lui semblait quand même bien réel. Mais aucun cri ne sortait, juste un souffle court et rapide, comme si elle venait de faire un marathon.
À présent, les chemins de sa vie l’emmenaient vers l’inconnu.

Concernant le père, Georges, il prit la nouvelle d’une tout autre manière. Aussitôt l’onde de choc de l’annonce passée, il saisit l’avenir en main. Commença par remonter le moral de sa femme avec difficultés (sa réussite se tint au fait qu’il lui proposa de s’occuper personnellement de la scolarité de leur enfant). Puis, consultèrent ensemble différents spécialistes jusqu’à découvrir le bon. C’était une femme qui exerçait à Bruxelles. Après seulement quelques séances, elle trouva un traitement convenable, même si malheureusement il mettait l’enfant un peu dans les vapes.

Un jour, vers l’âge de quatorze ans, les deux enfants furent laissés seuls dans la maison pendant que les parents partirent faire les commissions. Le frère et la sœur naviguaient tranquillement sur internet, lorsque, sans aucune raison apparente, Mélanie cessa ses activités et se dirigea vers Maxence. Elle marchait lentement avec un sourire aux lèvres qui reflétait la folie saupoudrée de sadisme. Ses yeux trahissaient la nature de son intention, en occurrence une mauvaise.
La jeune fille se plaça derrière la chaise à roulettes de son frère, posa sa main sur l’épaule et fit pivoter l’assise violemment. Le garçon faillit tomber en perdant l’équilibre durant la rotation. Il se retrouva, sans même comprendre ce qui lui arrivait, face à un visage haineux.
Le jeune homme comprit rapidement que sa sœur était en proie à une crise de démence. Essaya de la calmer en posant d’abord doucement ses mains sur les épaules féminines, puis en prononçant les mots suivants :
« Ma puce respire doucement. Calme-toi s’il te plaît, je vais te chercher ton médicament »
À peine la phrase terminée, l’adolescent reçut une baffe tellement violente que cette fois-ci, il perdit vraiment l’équilibre, et tomba lourdement sur la grosse moquette bleue. Toujours aussi rapidement, un fort coup de pied au niveau des côtes lui coupa instantanément la respiration, l’empêchant de se relever pour se défendre sans violence, car il n’aurait pas pu user de la force, même si sa vie en dépendait.
Maxence avait totalement conscience de la maladie de sa sœur. Ses parents lui expliquèrent vers l’âge de neuf ans. Aussitôt le garçonnet prit la fillette sous ses ailes pour la protéger du monde extérieur, et surtout des autres enfants lorsqu’ils allaient au pack situé en bas de l’immeuble.
Malheureusement pour lui, surtout à ce moment-là, cet amour n’était pas réciproque. Mélanie attrapa un porte-crayon métallique, puis le lança de toutes ses forces sur la tête de son frère, ce qui a eu pour effet une perte de connaissance. La fille retourna facilement le corps masculin inanimé. Se mis à califourchon sur lui et commença son jeu favori, c’est-à-dire déformer un visage par de grands coups répétés. Ses jointures de ses mains devinrent rapidement rouges, pour être ensuite que des plaies ensanglantées. Le sang coulait également sur le visage boursouflé et bleui, dont l’arcade sourcilière gauche éclata rapidement. Ce n’était pas la seule partie à être amochée. Le nez venait de se casser, en produisant un horrible craquement, sous la force d’un coup. Encore une fois, le sang se mit aussitôt à gicler abondamment. Cette substance s’écoula par la bouche grande ouverte et toujours inanimée. La tête tournait vers la gauche et vers la droite au rythme des « crochés ».
Durant ce temps, la panique régnait parmi les fées. Elles volaient en tous sens et de façon désordonnée.
Par chance, la crise de démence se termina aussi brutalement qu’elle avait débuté. Mélanie retourna à son ordinateur, comme si rien n’était passé, jusqu’à l’arrivée des parents.

La mère horrifiée découvrit la scène. Maxence fut conduit aux urgences où le médecin diagnostiqua un traumatisme crânien, ainsi d’un nez cassé et des plaies ouvertes. Le jeune homme garda le lit d’hôpital durant une semaine.

À son retour à la maison, il décida de quitter le foyer familial le plus vite possible, non pas par haine envers sa sœur, car il savait très bien que ce n’était pas de sa faute, mais pour simplement se protéger. Il continua à jouer son rôle de grand frère protecteur jusqu’à son départ. Cependant l’adolescent se sentait partagé entre l’amour et l’indifférence. Comment aimer une personne, même étant sa propre sœur, si elle peut à tout moment me frapper et en conséquence m’envoyer à l’hôpital ? Pensa-t-il.
De plus, une chose rendait la situation encore plus complexe. Durant les périodes calmes de Mélanie, la sœur et le frère partageaient de bons moments ensemble. Par conséquent, un lien s’était formé entre eux, comme un couple fraternel normal. Donc malgré la peur, il ne pouvait pas avoir une relation artificielle avec elle. Un amour non conventionnel le liait à sa jumelle qui le voulait ou pas. Les liens du sang ne sont pas faciles à rompe, sûrement à cause des souvenirs et de leurs ressentiments.

5

À l’extérieur de la chambre de Maxence, dont la décoration voulait s’inspirer fortement de celles appartenant à la royauté française du dix huitièmes siècles, et plus précisément hors des murs de la maison, les éléments naturels, surtout le vent, démontraient leur supériorité. Il frappait contre les volets clos, entraînant avec lui la pluie qui, au contact du bois, produisait une triste mélodie apaisante.
L’homme imaginait facilement les arbres s’agiter en tous sens comme des fous, ce qui était le cas. Ils chantaient dans cette nuit remplie de terreur et de questionnements au sujet du tueur.

6

Les jours suivants, les journaux s’emparèrent du sujet, et comme toujours dans ce cas, une atmosphère de curiosité s’installa rapidement parmi la ville et les villages alentour. Les habitants n’avaient pas forcément peur, car à ce jour on comptait seulement une victime. Ceci était trop peu pour parler de tueur en série.
Les discutions au sein des bistros tournaient autour du nouveau fait divers dans la région qui en comptait peu, voir nullement, en tout cas de cet intérêt. Les clients des bars essayaient de trouver eux même le coupable. Évidemment, chaque personne sortant de leur normalité devenait rapidement le tueur, dans leur imagination façonnée par les nombreuses émissions au sujet de divers crimes, durant lesquelles la « voix off » expliquait que souvent le criminel avait eu une enfance difficile au travers de parents perturbés et surtout pas dignes de leur rôle.

En même temps, Maxence avait repris une existence normale, omis le fait que deux policiers l’avaient suivie dans ses déplacements durant quinze jours après la découverte du corps, et que pendant les nuits, une voiture de patrouille restait devant la demeure. Il continuait à étudier les animaux régionaux, à la différence près que chaque fois qu’il visionnait une vidéo, une boule au ventre se formait par peur de revoir le visage hideux. Si c’était le cas, logiquement la police lui avait demandé de les appeler au plus vite, sans même se rendre sur les lieux, cette fois-ci. L’homme, dans une telle situation, écouterait sûrement ces recommandations, vu le choc reçu la première fois.

Chapitre 2

1

Mélanie était allongée dans son lit qui collait un mur de sa chambre d’hôpital pour les malades mentaux. Aucun meuble ne se trouvait en cet endroit. Ce dernier donnait une impression de confort, comme si on se promenait sur un gros nuage, au travers des murs, du sol et du plafond capitonnés.
La blancheur de la chambre se voulait être à l’opposé total du reste de l’endroit. En effet, l’hôpital se constituait d’un dédale de couloirs sombres coincé entre d’un côté une rangée de portes ouvrant sur des chambres toutes identiques, et de l’autre côté une série d’immenses fenêtres donnant vue sur un parc complètement défraichi assombrissant encore plus les lieux. Parfois ces couloirs débouchaient sur une salle commune servant de lieu de rencontres pour les pensionnaires, ou sur une pièce de repos à l’attention du personnel hospitalier.

Mélanie passait énormément de temps dans cette position, voyageant parmi ses univers imaginaires, en nombre de deux.
Le premier était un paysage venant d’une autre époque et d’un monde différents : la femme dominait une forêt tropicale qui s’étalait, à ses pieds, sur une distance infinie. Des objets bizarres volaient au-dessus de cette verdure. Ils ressemblaient à d’énormes insectes avec quatre ailes, comme les libellules, sûrement en fibre de verre. Elles semblaient être aussi légères que le vent, en tout cas, leur transparence faisait penser à cela. Elles battaient l’air en produisant un bruit sourd et plutôt agréable. Ce son s’accordait à merveille avec les cris d’animaux qui sortaient de la canopée brumeuse. Ces choses volantes se déplaçaient paresseusement vers le couchant. Il propageait un feu visuel dans tout un ciel dépourvu de nuage. On ne pouvait pas voir si une personne humaine, ou d’une autre espèce, conduisait ces sortes d’avions. Mais peut-être, ces engins se voyageaient de façon automatique, qui sait. Leur destination était inconnue.
Parfois une immense méduse avec de très longs tentacules blancs sortait lentement de la forêt et disparaissait dans le ciel. Elle possédait une grosse tête, faisant également office de corps, gluante et de couleur vert marré. Ce coloris repoussait le regard.
Derrière Mélanie, un portail métallique, tel qu’on pouvait trouver face à un manoir datant d’un siècle lointain, permettait un passage rapide dans l’autre monde.

Le deuxième univers était beaucoup plus sombre. Il se constituait d’une sorte de vieille université anglaise. Elle se voulait être très imposante et comportait de multiples façades, dont chacune entre elles possédait un nombre incalculable de fenêtres, tous sens lumière malgré la pâle lueur du jour. En effet, la neige tombait à gros flocons sous un bas plafond gris foncé sans nuance.
Au premier regard, on voyait directement que le bâtiment était à l’abandon depuis longtemps : certaines vitres avaient volé en éclat, les murs se fissuraient par endroits et des plantes leur montaient dessus, et la majorité des portes ne servaient plus à grand-chose vu leur état. De plus, un calme pesant y régnait, tout comme l’impression d’être dans un pays d’Europe de l’Est communiste. Cela venait sûrement de la neige, ainsi de la tristesse du décor.

Mélanie se promenait de salles de classe en salles de classe. Elles étaient tous organisées de la même façon : des petites tables d’une place alignées parfaitement en trois colonnes de vingt lignes, devant un tableau noir parfois encore marqué de craie blanche. La grandeur des pièces, accompagnée par la nudité des murs et du plafond qui laissaient voir les briques rouges salies par le temps, donnait une impression d’industrie ancienne, de type métallurgique, ce qui accentuait la sensation de froid aussi bien physique que mentale. Les immenses vitres face aux entrées amplifiaient cette froidure, car elles laissaient entrer facilement le vent glacial et montraient la neige tourbillonnante au rythme de ce même vent.
Parfois une main enfantine se dessinait dans la poussière qui couvrait les petits pupitres. Cela laissait à penser que des personnes habitaient ce lieu, ce qui était le cas.

Un groupe de cinq individus, habillés de cape noire à capuchon couvrant tout leur corps, et portant des masques gris avec un long nez ressemblant à bec de perroquet en plus long (ces faux visages ressemblaient à ceux portés au moyen-âge par les personnes qui manipulaient les cadavres des lépreux), essayaient toujours de l’attraper pour une raison inconnue.
De temps à autre, elle se réfugiait dans des toilettes où un homme en décomposition se balançait sur un réseau de files barbelées. Une perfusion contenant un liquide jaune urine était encore plantée dans son bras. Une épouvantable odeur d’excréments embaumait ce tableau.

Malgré que tout cela se voulait être seulement dans son imaginaire, Mélanie ressentait les impressions et les sentiments procurés par les visions.

Lorsque la femme revenait dans le monde réel, elle voyait les choses différemment que nous. Tout se représentait comme si elle se trouvait au sein d’une bande dessinée aux dessins hyperréaliste, mais dont certains traits, surtout au niveau des visages, étaient accentués : si une personne possédait un nez un peu plus gros que la moyenne, il devenait un appendice nasal hors normes. C’était de même pour les atmosphères et les ambiances. Quand Mélanie buvait un verre par exemple dans un bar à thème, elle se voyait immédiatement être plongée dans cet univers, à tel point qu’elle ne faisait plus la distinction entre son imaginaire et la réalité.

2

Une fois par journée, les résidents de l’hôpital, en tout cas ceux qu’ils ne représentaient pas un danger pour autrui, étaient autorisés à sortir de leur chambre pour rejoindre une salle commune qui comportait une petite bibliothèque contenant essentiellement des livres enfantins, et un coin « télévision » avec un canapé cinq places. Une grille renforcée protégeait l’écran plat, ainsi que les vitres, d’éventuelles projections d’objets dessus (pendant les moments de crises de certains patients, des objets de toute sorte volaient en tous sens). Dans la salle, il y avait également une sorte de petite pièce fermée par des vitres en pecsiglace transparent. Celle de devant comportait une grille métallique servant à laisser passer le son de la voix, et elle était devancée par un fin présentoir servant à poser des gobelets en plastique blanc contenant des pilules ou de l’eau. Ces verres passaient par une trappe fermée avec un système électrique qui pouvait s’ouvrir par l’appui sur un bouton. Cette action était souvent réalisée par la même femme. Elle se prénommait Sévérine, et personne ne l’appréciait dans l’hôpital, même pas le personnel. Il fallait dire qu’elle était, comme on le disait communément, aimable telle une porte de prison. Cette dame arrivait toujours pile à l’heure du commencement de sa garde, et repartait à l’heure exacte de sa fin. Grâce à cela, elle ne croisait aucun de ses collègues.
Malheureusement pour Séverine, cette ruse n’était pas réalisable avec les patients. Elle devait les supporter toute la journée, et surtout leurs bizarreries dues à leur maladie mentale. Il en avait qui souffrait d’un dédoublement de la personnalité. Par fois il se prenait pour un homme introverti très cultivé. D’autres fois, ils semblaient habités par une personnalité féminine extrovertie.
D’autres personnes attendaient des voies imaginaires qui leur disaient de réaliser diverses choses sortant de l’ordinaire, comme essayer d’escalader une armoire. Lorsque l’acte était dangereux pour eux même ou envers les autres, un infirmier, plutôt musclé, intervenait immédiatement, de façon très énergique. Et quand la force physique ne suffisait pas, une bonne dose de calmants était injectée dans le sang de la personne turbulente.

Sévérine habitait seule dans un malheureux « deux-pièces », avec comme unique compagnie une chatte siamoise. Elle était célibataire et vivait que pour les livres. Elle en dévorait au minimum deux tous les quinze jours. Elle n’avait pas vraiment de genre préféré. Le principal c’était que l’histoire la transporte loin de cette triste réalité. En effet cette dame se sentait mal dans sa peau à cause de sa beauté naturelle et ses formes avantageuses. Cela peut paraitre bizarre, voir, disons-le directement, totalement débile. Mais Sévérine ne supportait pas le regard des hommes, ni des femmes, sur sa plastique (c’est pour cela qu’elle portait uniquement des vêtements amples). Cela lui renvoyait une mauvaise image qu’elle même, car elle avait l’impression d’être une « Bimbo » sans intelligence, comme celles qu’on voyait durant la majorité des émissions de « télé-réalité ». Dans ces programmes audiovisuels, on aurait dit que plus les candidats étaient débiles, plus ils avaient de chance de devenir célèbres (cela montrait bien le niveau d’intelligence du peuple).

Pendant plusieurs années, Sévérine essaya de trouver l’homme sa moitié au travers de différentes relations éphémères avec des hommes de tout âge. Chaque fois, elle se rendait vite compte qu’ils étaient en couple avec elle uniquement pour la beauté de son corps. La relation ne durait jamais longtemps : le maximum fut six mois.
Elle ne pensait pas que tous les hommes ressemblaient à des bêtes assoiffées de sexe, mais qu’ils étaient attirés fortement par cela. Ils voulaient souvent passer des journées entières allongés dans le lit pour regarder la télévision et faire des câlins. Contrairement à Sévérine qui souhaitait visiter des musées ou faire de longues promenades dans la nature.

Parmi tous l’hôpital, les fées se promenaient au rythme des différentes folies. Parfois elles volaient très lentement, d’autres fois elles parcouraient rapidement et en zigzaguant de longues distances sans but apparent, comme si elles aussi souffraient d’une démence.

3

Mélanie avait le droit d’arpenter les couloirs de l’hôpital, car, avec son nouveau traitement médicamenteux, elle ne représentait plus un danger ni pour elle ni pour les autres. Cependant elle ne possédait pas beaucoup d’amis, car elle trouvait presque tout le monde bizarre. Ces gens possédaient des comportements qui sortaient complètement de l’ordinaire : ils se mettaient à crier pour aucune raison apparente, ou ils se déshabillaient à la vue de tous. Elle savait bien qu’elle aussi souffrait de problèmes mentaux, car elle était au courant que la morale interdisait de frapper les personnes. Mais cela se voulait être plus fort qu’elle. Ces pulsions la dominaient, et cela malgré sa grande volonté. Par chance, il y avait les médicaments. Certes ils la mettaient dans une sorte d’état second, un peu comme si elle voyageait sur un nuage douillet avec presque pas de force physiques, mais au moins notre héroïne en avait fini avec la violence.

Cependant, malgré son point de vue, Mélanie possédait quand même une sorte d’amie prénommée Ginette. Cette dame était une mère de famille qui avait été hospitalisée à cause du danger représentant pour ses trois enfants (deux filles et un garçon). Elle souffrait d’une bipolarité au plus haut niveau. Son humeur pouvait changer en quelques minutes seulement. Elle était joyeuse à un instant, et à un autre instant elle se mettait à pleurer comme si elle venait d’apprendre le décès d’un proche. Mélanie trouvait cela drôle, surtout quand elle s’amusait avec la maladie. Lorsque sa copine se trouvait dans moment joyeux, Mélanie l’énervait au maximum, en lui disant des conneries et en lui faisant des chatouilles comme une gamine, jusqu’un aide-soignant soit obligé de lui faire une piqûre pour la calmer. Et au contraire, durant les périodes tristes, notre personnage enfonçait Ginette avec des discours défaitistes, comme quoi elle ne sortira jamais de cet hôpital. Cela finissait par une tentative de suicide toujours avortée grâce à l’intervention de Mélanie. Eh oui, son amie n’était ni plus ni moins un jouet qui lui faisait passer le temps.

4

Depuis son arrivée à l’hôpital, Mélanie avait une grande rancœur envers son frère, Max, comme elle l’appelait. Cette colère était naît au départ de Maxence. La jeune femme, âgée alors de dix-neuf ans à cette époque, se rappelait encore très bien de cette journée sombre. Son frère avait entassé ses valises dans hall d’entrée de l’appartement. Il n’avait prévenu personne de son départ. Les parents, qui étaient totalement perdus par l’événement, lui posèrent énormément de questions afin d’essayer d’éclaircir la situation. Pour se faire, le petit groupe familial se renferma dans la cuisine, et commença une longue discussion qui se transforma rapidement en une grosse dispute.
Mélanie compris tout de suite la situation : Max voulait quitter le foyer familial, cela sûrement à cause d’elle, et plus précisément par peur de ses pulsions violentes. La sœur croyait de son frère comprenait sa maladie parfaitement depuis le temps. De plus, il s’occupait très bien d’elle. Quand Maxence avait du temps libre, il l’emmenait faire des promenades dans divers lieux naturels ou publics. Chaque fois, Mélanie passait de bons moments sous la protection masculine : si un enfant se moquait d’elle à cause d’un comportement anormal de sa part, aussitôt Maxence lançait un regard menaçant. Et si cela n’était pas suffisant, il avançait poing serré vers le garnement jusqu’à quand qu’il s’en aille.

Mélanie ne pouvait attendre seule dans le couloir, sans savoir ce qu’on disait au sein de la cuisine. Elle fut éruption dans la petite réunion, sans même prévenir de sa présence en frappant sur la porte.
« Max, je t’interdis de partir en me laissant seule ici », cria la jeune femme, dont les yeux étaient remplis de larmes.
L’auditoire fut stupéfait, car, en général, la famille pensait que la jumelle ne comprenait pas grand-chose à son environnement vu qu’elle vivait dans son propre monde.
« Tu aurais pu frapper à la porte — répondit le père — c’est discussion privée »
Maxence prit la parole :
« De toute façon, j’ai fini mes explications. Ma décision est prise : je pars. — Il se retourna vers sa sœur — je suis désolé ma puce, mais je dois partir pour ne plus revenir. Maman et papa t’expliqueront. À dieu, pardonne-moi s’il te plaît. »
Il déposa un baissé sur la joue humide. Les yeux du garçon étaient également en proie aux larmes. Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas exploser en pleure. Il serra fermement la main féminine, puis embrassa tendrement ses parents.
Maxence était sur le point de sortir de l’appartement, quand il s’arrêta, valises à la main, à cause des dires de sa sœur prononcés avec une voix étranglée par une gorge serrée :
« C’est de ma faute si tu pars, je le sais. Tu as peur que je te tape de nouveau. Je te comprends, mais je te jure de ne pas le refaire »
Le jeune homme exprima un léger sanglot étouffé en guise de réponse. Il reprit son chemin vers la sortie, laissant derrière lui une famille dans l’incompréhension totale.

Les jours suivants furent compliqués pour tout le monde : les parents étaient partagés entre tristesse et colère. Ils auraient voulu en parler avec Maxence pour d’abord le comprendre, puis le dissuader de partir, même si cela n’aurait pas été simple. Évidemment, ils savaient d’un jour ou l’autre, Maxence allait quitter le foyer, mais ils ne pensaient pas aussi rapidement, et encore moins aussi subitement. De plus, Mélanie faisait de nombreuses crises de violences. Elle n’acceptait pas le départ de son frère. Elle le manifestait par des coups de poing dans les murs et les portes, quand ce n’était pas sur son père ou sa mère. En temps normal, Maxence aurait su la calmer par des mots accompagnés de câlins. Mais là, même l’augmentation de la dose de son traitement ne faisait rien. Si on ajoutait à cela ses quelques tentatives de suicide, l’atmosphère générale devenait insupportable.
Au bout de trois semaines de calvaire, et à bout de leurs forces physiques, mais également mentales, Manon et Georges décidèrent, à contrecœur, de placer leur fille dans une structure spécialisée, ce qui n’a pas été du goût de la concerner.

Dès son arrivée à l’hôpital, Mélanie transforma sa tristesse en haine envers son frère. Selon elle, il l’avait tout simplement abandonné, lui privant de tout repère essentiel pour son bien-être. Ses crises de violences étaient terribles. Elle ne pouvait plus les contrôler, même avec son traitement. Maxence arrivait toujours à la calmer au travers de ces mots bien choisis qui faisaient un drôle d’effet : elle avait l’impression d’être dans une bulle protectrice où les agressions extérieures ne pouvaient pas l’atteindre. À présent, cette protection venait d’éclater, l’exposant ainsi à la dureté de la réalité.
Ce fait fit rapidement apparaitre une haine en elle, qui grandissait de jour en jour.

Depuis quelque temps, Mélanie voulait soulager cette haine en se vengeant. Mais comment faire en étant renfermé dans cet hôpital ? Pensa-t-elle. Elle lui fallait un plan, car cet enfoiré ne devait pas rester sans jugement. Un plan pour s’en fuir de cette structure bien gardée, se défiler de la surveillance des gardes et du corps médical, sans oublier d’une fois dehors, je devrais savoir quoi faire. Mais aux parts avant, je dois procéder étape par étape, en commençant par me passer de ces médicaments, car, évidemment, je n’en aurais pas hors de ces murs.
Les jours suivants furent consacrés à l’élaboration de son évasion.

Portrait d’une femme

Portrait d’une femme

Mon esprit vagabondait sur le monde, et plus précisément sur des femmes qui pourraient entrer dans ma vie sentimentale. L’image représentant le mieux la situation semblait être une vue de la terre par l’espace. Dans ce contexte, mon imagination fessait des agrandissements sur certains individus féminins. Je leur créai une vie avec ma présence. Aucune limite ne s’opposait à moi. Tous les continents n’étaient qu’immenses terrains de jeux m’offrant multiples sensations. L’amour, certes non réel, me transportait parmi une farandole d’émotions, toutes positives. L’agréable séjournait en moi. Je me sentais « homme », voir « mâle », ou plus précisément donjuan. Parfois, je l’avoue, en ressentant une légère honte, je courtisai plusieurs femmes à la fois, en ayant l’espoir d’avoir une double vie. La première en compagnie d’une fille plus jeune que moi afin de vivre à cent à l’heure. Elle me ferait revivre mes années folles, tout en effaçant ma maturité et mes responsabilités. Cette demoiselle posséderait des origines italiennes accompagnées d’une allure ainsi d’un caractère d’adolescente malgré ses vingt ans. La deuxième aventure serait en compagnie d’une dame qui aurait au minimum le double de l’âge de la première. Elle, au contraire, m’apporterait la maturité et la sagesse. Des courbes fortement prononcées sculpteraient son physique. Ce dernier donnerait envie à nombreux hommes de la serrer dans leurs bras. Cette « couguar » appartiendrait au pays nommé France.

Soudain, sans savoir pourquoi, ma pensée s’arrêta sur une femme.

 

***

 

Cette demoiselle courrait seule au centre d’une route qui traversait un quartier aisé américain. Les demeures reflétaient la richesse du lieu au travers de leur grandeur et de leur pelouse parfaitement entretenue situées en dessus des fenêtres. De chaque côté de la rue, on pouvait voir d’abord une rangée d’arbres à tronc grisâtre plantée sur une étroite bande d’herbe. Ces végétaux pleuraient l’été passé, couvrant ainsi le sol de grosses larmes orangées. Puis notre regard tombait sur un trottoir.

L’automne fessait planer un agréable parfum de feuilles en décomposition. L’humidité et la fraîcheur de l’air tonifiaient chaque personne qui mettait leur nez hors de chez eux. Ce fait se voulait être en contradiction avec la mort de la nature. Tous les végétaux crevaient en produisant une magnifique révérence colorée. Malgré la saison, le soleil illuminait en continu la ville, dans un silence presque absolu. Seuls les oiseaux n’ayant pas encore immigré créaient par leurs chants un agréable font sonore propice à la relaxation.

Halloween laissait encore des traces derrière lui par l’intermédiaire des décorations platées sur deux ou trois pelouses. L’atmosphère de cette fête venait juste de disparaître, sûrement grâce à l’astre journalier. En effet, cela faisait une semaine que la pluie n’avait cessé de tomber, entraînant avec elle la baisse du moral des habitants. Cependant, le soleil redessina un sourire sur la majorité des lèvres.

 

***

 

La jeune femme possédait un visage sculpté par un surplus de friandises. Sa forme ne se voulait pas être totalement ronde, comme les personnes en sur poids. Il possédait simplement quelques formes légères au niveau des joues. Elles lui donnaient un air chaleureux. Contrairement à ses yeux noirs légèrement allongés. En effet, ils plongeaient les personnes vues dans une certaine froideur. Son regard exprimait une dureté sûrement à cause de difficultés ou de drames rencontrés durant sa vie. La tristesse et le bonheur semblaient totalement absents, seule une grande force de caractère y régnait. Ces yeux se trouvaient être voisins de deux fins sourcils très bien épilés et d’un front un peu trop large. Le reste du visage se composait d’un petit nez légèrement écrasé et d’une bouche à lèvres très fines. Son sourire dessinait deux rides d’expression en forme d’arc de cercle sur ses joues. Elles lui donnaient un air chaleureux et enfantin, tout en fessant ressortir ses pommettes.

Une apparence gothique naissait d’un subtil maquillage sombre. Cela ne ressemblait pas aux peintures des adolescentes en mal de vie et fan de métal, musicalement parlant. Concernant Jennifer, la femme en question, cette parure coloriée ne possédait rien de grossier. Tout était dans la finesse et se concentrait autour des yeux. Un noire profond fessait ressortir les deux miroirs de son être, en durcissant encore plus son regard. Une peau blanchâtre mettait en valeur cet artifice.

Sa chevelure couleur corbeau lui descendait jusqu’à sa poitrine. Lorsqu’aucun élastique n’attachait ses cheveux (en occurrence, ce jour-là, ils se renfermaient dans une queue de cheval qui commençait en haut de son cou. Cette coiffure lui mettait en valeur chaque trait de son visage), une ligne blanche parfaitement droite se formait naturellement au centre du crâne. Sa toison descendait d’abord en ligne droite, pour ensuite onduler, et ainsi faisait naitre une chose brouillonne comme une rivière agitée.

Les hommes, qui la croissaient dans la rue, ne se retournaient pas automatiquement vers Jennifer. Cependant, lorsqu’une personne masculine prenait la peine de poser son regard sur son visage, elle pouvait se sentir transporter soit par ses yeux, soit par ses traits physiques.

Son corps ne répondait pas aux règles des magazines. Il était de petite taille, c’est à dire environs un mètre soixante, et très légèrement enrobé au niveau des hanches. Le reste semblait être sculpté par de nombreux exercices physiques. Un pull moulant noir mettait en valeur son ventre plat, ainsi d’une poitrine ferme. Elle donnait l’impression d’être plutôt au-dessus des normes.

 

***

 

Jennifer transpirait dans son survêtement couleur corbeau, malgré la fraîcheur ambiante. Elle aimait faire du sport, particulièrement de la danse classique. Deux fois par semaine, la jeune femme se rendait au sein d’un club qui se trouvait parmi le plus vieux bâtiment de la région. Le sol appartenant à la pièce se couvrait d’un parquet clair. La lumière naturelle se reflétait sur lui et dans les glaces disposées de chaque côté du lieu, révélant ainsi chaque petit détail, comme l’étrange ballet silencieux réalisé par les milliards de particules de poussière en suspension.

Toutes personnes entrantes en ce lieu étaient surprises par les immenses vitres qui leur fessaient face. Elles s’encadraient d’un vieux bois foncé. Ces carreaux lassaient voir un très beau paysage urbain. Il se composait de quartiers huppés séparés par des pairies et des bosquets aux couleurs automnales. Sans aucune explication spécifique, devant le paysage, on ressentait une impression de future. Peut-être, cette sensation venait des rayons du coucher de soleil qui fessait apparaitre une sorte de dôme parfaitement transparent. À l’intérieur d’une imagination fertile, ce dôme servait à protéger les habitants de la puissance solaire et de la pollution. Cette ressentît tranchait nettement avec la vieillesse du lieu. La guerre de Sécession résonnait encore dans les murs. À cette époque, le bâtiment avait servi de prison.

Devant les immenses miroirs se trouvaient des barres cylindriques servant aux danseuses à faire des échauffements.

Jennifer commença la danse à l’âge de dix. Elle suivit une amie. Les fillettes aimèrent tout de suite ce sport, malgré les douleurs musculaires engendrées par les étirements. Lorsque la musique se mettait en route, elles se plongeaient dans un autre monde. Leur esprit se vidait pour faire place à un bien-être, certes temporaire, mais tellement bon, surtout après une journée difficile à l’école (évidemment, le thème « difficile » était à mettre dans le contexte enfantin). Jennifer possédait une grâce naturelle. Ses mouvements se fessaient en toute légèreté, un peu comme ceux d’une plume dans l’air. Sa professeure n’avait jamais vu une fillette aussi douée, et pour temps cela faisait vingt années qu’elle enseignait. Des fois, la dame prenait la petite dans le cours supérieur pour la montrait en modèle (notre héroïne en était très fière). Plus tard, Jennifer commença les compétitions dont elle finissait toujours en haut du classement. Des récompenses en tout genre remplissaient sa chambre. Cependant, malgré son très haut niveau dans ce sport, sa mère et son père ne la poussèrent jamais hors de ses limites et privilégièrent toujours les études, comme tout bon parent. Aucune rivalité n’existait entre les meilleures amies (vu la différence de niveau, Mélanie, l’amie, aurait vite abandonné). Pour elles, c’était un simple jeu.

Par la suite, la scolarité demanda de plus en plus de temps. Par conséquent, les copines arrêtèrent temporairement la danse.

 

Jennifer possédait sa propre salle de danse chez elle (la femme continuait à se rendre au club uniquement pour garder un contact humain). La pièce s’étalait sur tout le premier étage de la demeure. L’ensemble des autres pièces se trouvait évidemment au second niveau. Le premier étage ne comportait aucune séparation. Une immense baie vitrée laissait entrer une forte lumière naturelle. Sur le mur de droite, formé par des glaces, la femme avait placé la traditionnelle barre d’étirement. Aucun meuble ne venait restreinte les mouvements de la danseuse dont ses pieds glissaient et sautaient sur un parquet imitation jeune bois appartenant aux tons clairs. Pour éclaircir encore plus l’endroit, les murs furent mis en blanc. Durant les jours ensoleillés, la femme pouvait s’exercer parmi un bain fait d’une lumière instance, sans aucune chaleur étouffante grâce à la climatisation. Durant les exercices physiques, son corps se couvrait d’une brassière grise et d’un pantalon « TREGGING » noir en matière synthétique très élastique. Elle pratiquait la danse chaque jour, espérant de se maintenir à son plus haut niveau et ainsi continuait à remporter des concours qui lui permettait de gagner de l’argent. Les sommes en jeu n’étaient jamais importantes, mais leurs accumulations créaient un salaire convenable.

 

***

 

Malgré la pratique de la danse classique, Jennifer possédait un côté « garçon manqué ». La jeune femme aimait de temps à autre boire une cannette de bière devant un match baseball. De plus, elle ne portait pas toujours des vêtements très féminins. Durant ses quelques rares journées de repos, elle s’habillait d’un gros survêtement gris qui lui donnait l’apparence d’un boxeur. Le fait d’avoir quelques caractéristiques masculines ne retirait rien à son charme. Ils ne la rendaient pas « femme homme » ou pour certains esprits étroits une homosexuelle jouant le rôle de l’homme dans un couple. Cette femme arrivait à faire naturellement ressortir ses traits féminins même quand la situation ne s’y prêtait pas. La danse classique lui donnait peut-être une grâce résistant à toutes épreuves.

 

***

 

Son caractère possédait aussi un côté masculin au travers de sa force. Elle ne montrait jamais ses sentiments. Une carapace empêchait les personnes de voir à l’intérieur d’elle. Cela ne lui donnait pas un aspect de froideur ou de distance. Elle aimait le contact humain et les relations amicales. Cela se voyait à son nombre d’amis. Jennifer pouvait compter sur eux dans les coups durs pour lui remonter le moral au tour d’un verre dans un pub irlandais. De plus, son côté « bonne vivante » lui donnait automatiquement le titre de leader du groupe. Les personnes l’invitaient à leurs fêtes afin d’être sures d’avoir une bonne ambiance. Pour ce faire, Jennifer ne buvait pas une importante quantité d’alcool (toute façon, la haute compétition de son sport l’interdisait toutes formes de drogues), comme la majorité des jeunes son âge. Son tempérament surfaisait amplement.

 

***

 

On pouvait se demander pourquoi mon imagination s’était arrêtée sur cette femme. Elle était loin d’être parfaite. Peut-être notamment que sa banalité m’attirait. Banalité ! Mais saupoudrée de quelques originalités, comme chacun entre-nous.

Cette attirance sera à jamais inexpliquée.

Une fenêtre sur ma vie

Une fenêtre sur ma vie

Cela fait cinq ans que j’étais né. Moi, un petit garçon brun aux joues bien rondes, se trouvait assis calmement sur une chaise faite d’un bois clair et d’une paille dorée qui picotait mes petites fesses. Mes pieds, habillés de simples socquettes blanches, se balançaient lentement au-dessus d’une grosse moquette marron appartenant à la chambre de mes grands-parents paternels. Ce revêtement donnait une sensation de confort, un peu comme si je me trouvai encore dans le ventre maternel. Les pieds des adultes s’enfonçaient légèrement à chaque pas effectué. Ils devaient sûrement ressentir la sensation de marcher sur un nuage.

Les murs me montraient un très joli paysage, réalisé en aquarelle, d’un lac encerclé d’une végétation luxuriante où volaient quelques papillons bleus. Le moi d’aujourd’hui se serait essaimant imaginé, voyant ceci, en train d’effectuer une promenade parmi un roman proustien. Et plus précisément, de faire la rencontre non réelle d’une jolie demoiselle à la peau forte blanche, habillée en bourgeoise. On aurait discuté non facilement pour cause d’une grande timidité de sa part.

Les meubles de la chambre se disposaient comme ceci : à ma gauche se trouvait un lit proposant deux places recouvert d’une couette décorée d’un coucher de soleil sur une mer parfaitement calme et un palmer planté au milieu d’une plage (aujourd’hui, cette représentation ferait clicher, mais à cette époque, l’image symbolisait les nouvelles séries télévisées américaines). Au-dessus de ce mobilier, une armoire formait un pont. Il permettait à mes grands-parents de ranger leurs vêtements (surtout ceux à mon grand-père, car les habilles appartenant à sa femme pendaient à l’intérieur d’une armoire localisée à droite du lit).

Sur ma droite, au fond d’un renforcement, une commode à sous-vêtements portait un miroir, une boîte à bijoux fortement décorée, et une lampe contenant un étrange liquide marron claire qui, selon mamie, pouvait tous nous tuer s’il y venait à se reprendre sur le sol. Sans savoir pourquoi, je ne la croyais pas.

Le mobilier était fait d’un bois foncé, ce qui absorbait une importante quantité de lumière, plongeant ainsi l’endroit au sein d’une pénombre et d’une fraîcheur semblable à celles des veilles demeures du sud de la France. Les meubles diffusaient leur senteur. Elle me certifiait l’ancienneté du lieu.

À côté de la porte d’entrée, donc derrière moi, un porte-vêtement sur pied proposait aux personnes entrantes des habiles de nuit féminins et masculins.

 

De mon jeune âge, tout me paraissait vieux. Vieux comme mes grands-parents, dont la femme, sévère pour ma réussite scolaire malgré mon jeune âge tout en ayant un amour débordant envers moi, et l’homme, bon vivant, mais avec un font râleur.

Ne voulant jamais rester loin de ma mère, je ne les connais pas encore très bien. Maman, assise à mes côtés, posait sa fine main sur ma cuisse, par peur que je tombe. En même temps, elle m’apprenait à boire avec une paille. Un verre d’eau rougie par du sirop de grenadine servait de terrain d’entraînement où le tube en plastique jaune canari bougeait en tous sens. Ma bouche mordillait l’extrémité au sec, au lieu de le pincer délicatement avec ses lèvres. De temps à autre, le liquide montait légèrement, puis retombait aussitôt en formant quelques bulles dans un bruit propice au rire.

« Yohan ! Inspire, ce n’est pas compliqué. Et comme cela tu pourras boire seule comme un grand » prononça une voix féminine enveloppée d’une fausse sévérité.

J’eus soudain envie de lui faire plaisir. Je pris la paille en pleine bouche et j’aspirai un grand coup. Le liquide sucré envahit instantanément ma bouche dans une joie partagée. La réussite d’un fils infirme engendre toujours du bonheur, pensa le moi actuel.

 

***

 

Mon père, ainsi que mon grand-père, travaillait sur le toit pour réparer la dizaine de tuiles cassées par la tempête survenue la nuit dernière. Les hommes pouvaient admirer un magnifique ciel bleu dépourvu de tout nuage, et s’étalant au-dessus d’un terrain de football, d’une allée d’arbres et d’habitations. Le soleil couchant fessait encore régner une agréable chaleur propre au mois d’août.

Je les regardais, tout en sachant que je ne pourrais jamais faire cela. Aucune tristesse ne me gagnait, car la conscience qu’une déférence m’accompagnée se trouvait déjà en moi. Mon handicap était ma normalité.

 

Par la suite, ma vie s’était assombrie. Mais ce jour-là, l’innocence me complaît de bonheur.

Des jeunes créés par la société

Des jeunes créés par la société

 

Julie Adams, jeune femme de vingt ans aux cheveux rouges formant des loques et attachées en gros chignon, se promenait dans la galerie d’un centre commercial situé proche de Maubeuge. Elle regardait, au travers d’yeux en amande verts devancés par lunettes à grosse monture noire, les différents produits exposés dans les vitrines. Ses vêtements colorés et trop larges tranchaient nette avec la blancheur de sa peau. Cette fille possédait une démarche non-chalande portée par des Converses rouges. Elle donnait l’air d’être rêveuse au travers de son regard un peu perdu, ou plutôt ailleurs. Il voyait le monde différemment. À propos de la différence, c’était le mot d’ordre de son exposé. En effet, Julie était étudiante en art et elle devait réaliser un travail sur la société de consommation. Pour ce faire, elle décida de filmer ce monstre, pour certaines personnes, à l’aide de lunettes possédant une petite caméra. Ensuite, l’étudiante réalisera un montage vidéo. Elle voulait absolument éviter de tomber dans les clichés habituels. L’étudiante allait essayer de trouver une approche innovante, peut être sous forme d’une normalité. Après tout, la consommation est nécessaire pour notre survie, pensa Julie. Évidemment, ce système possède des défauts : il crée des besoins superficiels et des inégalités. Cependant, il fait partie de notre vie.

 

Julie se voulait être une élève modèle. Sa passion pour l’art en général lui permettait d’obtenir de très bonnes et par conséquent prouver à ses parents qu’elle pouvait réussir une belle carrière dans le domaine artistique. Le problème venait surtout du côté du père. Comme là majorité des individus hors de ce milieu, il pensait que tous les artistes étaient des drogués sans argent. La jeune fille, à l’aide de sa mère, avait réussi à convaincre son géniteur de la laisser faire des études d’art en disant tout simplement que lorsque la passion est présente, on peut tout réussir.

 

À l’extérieur, le soleil d’été étouffait les passants comme dans un four. Les vitrines mettaient en valeur les différents produits servant à passer de bonnes journées sur une plage ou dans un camping. En effet, les vacances arrivaient très rapidement. Dans une semaine, les enfants finissaient l’école et les parents allaient les emmener voir d’autres paysages. La joie se voyait sur la majorité des visages. Les gens souriaient aux inconnus et les enfants rêvassaient à leurs futurs amis temporaires ou à leur première fête nocturne au bord de mer.

Julie, tant à elle, allait partir, en compagnie de trois amies, aux Pays-Bas dans un camping comportant que des petits baraquements. Ces dernières se regroupaient en îlots au tour d’une pelouse bien verte. Les jeunes filles avaient choisi cette destination non pas pour la drogue (fait habituel de la part des étudiants), mais pour l’ouverture d’esprit des habitants. Elles espéraient pouvoir entreprendre des conversations enrichissantes avec des autochtones. De plus, en secret, les quatre copines souhaitaient faire quelques expériences sexuelles. Elles n’étaient pas des filles facile ou vulgairement dit, des salopes. Tout simplement, elles aimaient le sexe à la même façon dont on aime la bonne nourriture. Ces drôles de dames choisissaient toujours des hommes mâture. Comme cela, elles n’étaient jamais déçues.

Ces jeunes femmes ne s’habillaient pas vulgairement, comme on pouvait le penser. Leurs vêtements appartenaient au style baba cool nouvelle génération, c’est à dire des larges maillots et des pantalons ambles multicolores, mais sans grosses fleurs propres à cette génération. La seule chose un peu sexy dans leur habillement était les débatteurs possédant un large décolleté qui mettait en valeur leur petite poitrine très ferme. Ces seins formaient deux dunes à l’air libre. Ils n’effectuaient aucun mouvement, même durant les efforts sportifs de leurs propriétaires. Malgré leur petite taille, les hommes les regardaient avec plaisir. Il fallait dire qu’ils étaient parfaits, fermes et tenant bien en main. De plus, aucun bébé n’avait encore abîmé les tétons avec leurs suçons prolongés. Si ces filles avaient eu des pantalons ou des shorts moulants, les regards masculins auraient également portaient sur leurs fesses. En effet, les quatre demoiselles possédaient des « culs » très rebondis. Leurs partenaires sexuels adoraient les prendre à pleine main pour les malaxer durant quelques secondes.

 

La galerie commerciale formait un « L » et possédait deux entrées-sorties à ses extrémités. En son centre se trouvait l’entrée pour la partie marchande. L’endroit était rempli de personnes se bousculant à coup de cadi. Nombreux d’entre eux cherchaient simplement de la fraîcheur.

Dans le hall, le toit de verre laissait passer le soleil qui formait, au travers des différentes poutres métalliques, des halos lumineux sur un sol blanc tacheté. Si on se situait à l’extrémité du hall durant un jour de non-fréquentation, on aurait constaté que les cercles étaient parfaitement alignés. Aujourd’hui, ces puits de lumière mettaient en valeur durant quelques secondes des petits groupes de personnes qui constituaient un serpent sans tête ni queue.

 

***

 

Un jeune homme aux traits fins et à la peau caramel regardait le sol d’une camionnette aux parois blanches. Il tenait entre ses jambes un fusil mitrailleur. Sa respiration était haletante dans une écharpe à l’effigie de la Palestine. C’était sa mère qui l’avait tricoté pour le dernier hiver. Yanis, un jeune de quartier populaire, mal dans sa peau à cause, en autre, d’un manque de but dans sa vie. L’école lui avait tourné le dos par défaut de patience. Il avait, comme la majorité des jeunes étant parmi sa situation, essayé de devenir footballeur professionnel. Yanis mit toute sa volonté dans son nouveau chalenge. Il s’entraînait chaque jour malgré le froid ou la chaleur. De plus, Keltoum, sa grande sœur et la chef de famille à la suite au décès de leur père, l’encourageait le mieux qu’elle pouvait. Malheureusement un jour, le jeune footballeur se blessa gravement au cours d’un match au niveau du tibia. Il subit trois opérations et des dizaines d’heures de rééducation. Malgré cela, sa jambe ne retrouva pas la totalité de ses capacités. Yanis compris par lui-même qui ne pourrait plus jamais jouer au football.

Après trois semaines de dépression, enfermé au sein de sa chambre, il décida de se confronter à la réalité du travail. Pour ce faire, il envoya des dizaines cv aux différentes grandes entreprises régionales. Malheureusement, il n’obtient aucune réponse positive, même auprès des boîtes d’atterrîmes. Le jeune homme se tourna vers la religion espérant trouver des réponses à ses maux de vie. Il alla à la mosquée de « Sous-le-bois ». Malheureusement, il rencontra un islamiste qui repérera tout de suite son mal-être. Cet individu devint rapidement son ami. Il écoutait attentivement ses plaintes en lui apportant toujours des réponses au travers de la religion. Puis, Mohammed, de son prénom de reconversion, le nouvel ami de Yanis, radicalisa son discours. Il mettait en avant le racisme en France. Régulièrement, ses dires étaient les suivants : dans ce pays, on n’est pas les bienvenues. On est rejetés comme si on était la cause de leurs maux. Et chez nous, sur notre véritable terre, on nous considère comme des traites. Nous n’avons plus de véritable maison. De ce constat, je crois sincèrement que les musulmans français devront frapper fort un jour pour changer la situation.

Les semaines passées, et Keltoum voyait, impuissante, son frère se radicalisait, et cela malgré ses nombreuses remarques. Il mettait la tenue traditionnelle chaque jour pour se rendre à la mosquée. Son visage se couvrit d’une barbe hirsute, descendant jusqu’au milieu de son cou. Ses recherches de travail s’étaient totalement interrompues. Seule, sa foi comptait.

 

« On est arrivé. Vous savez quoi faire. Que Dieu vous guide mes frères »

Ces mots résonnèrent dans la camionnette qui ne tarda pas à être remplie de lumière, car les deux portes coulissantes arrière s’ouvrirent brusquement. Les compagnons de Yanis descendirent en premier. Aussitôt à l’extérieur, ils se mirent à tirer sur les passants qui tombaient en grimaçant. La terreur n’avait pas encore fait son apparaissions. Le temps de la stupeur fessait restait immobile les personnes. On se serait dit dans un film au ralenti.

Le jeune homme, encore assis à sa place, regardait cette scène comme un simple spectateur. La mort était déjà présente. Des cadavres se couchaient derrière les voitures qui allaient peut-être perdre leur propriétaire. Dans l’axe de la porte gauche, un petit garçon de quelques années courait vers sa mère tombée sous une rafale de balles. Arrivé à deux mètres d’elle, un projectile atteignit l’arrière de son crâne. Ses pieds décollèrent du sol et retombèrent sur le dos de la femme. Un nuage rouge translucide indiquait la trajectoire de la tête.

Yanis se recroquevilla sur lui-même. Il ne voulait plus y aller. Pourquoi tuer tous ces innocents ? Pour un dieu qui prône le respect envers les non-croyants ?

« Vieux, tu bouges ton cul ou tu comptes attendre l’hiver ici »

Ces dires, prononcés par une voix rock, le ramena à la réalité et tel un robot, il descendit au sein de l’enfer. Le reste de la bande était déjà loin dans la galerie. Yanis passa de la lumière du jour à l’ombre du bâtiment, en suivant un chemin imaginaire créé par les cadavres de tout âge et tout sexe. Il s’arrêta devant une vitrine d’un magasin de téléphones mobiles. Le conducteur de la voiture passa derrière lui et cria :

« Fais ton devoir, mon frère »

Le jeune jeta rapidement un coup d’œil à l’intérieur, puis tira une rafale de balles au travers de la vitre, en prenant garde de viser le plafond. Le verre éclata, puis tomba en cascade sur le sol.

« Continue comme cela »

 

***

 

Julie se promenait lentement dans le rayon surgelé. Elle disait quelques commentaires pour la vidéo.

« Voilà l’évolution de la nourriture. Durant des siècles, nous humain, avons tué des bêtes sauvages. À présent, nous prenons de beaux morceaux de viande congelés »

Elle était sur le point de finir sa réflexion, quand une pétarade lointaine la fut sursautée. Des cris accompagnaient ses bruits. Elle pensa que c’était de jeunes voyous qui claquaient des pétards. Les vigiles devaient sûrement leur crier dessus. Elle continua son chemin, oubliant le fil de ses commentaires. Arrivée dans l’allée principale, elle tourna machinalement la tête vers la gauche. Julie vit avec surprise des gens courir vers elle. Ils avaient l’air tous affolés. Des cris fusaient en tous sens. Cette marée humaine reflétait une panique immense. Des hommes bousculaient enfants et femmes pour passer en premier. On se serait dit un jour de grand solde, mais poussé à l’extrême. Les pétarades s’étaient considérablement rapprochées. Julie pétrifia totalement, bouche ouverte. Elle ne comprenait pas de toute la situation.

« Il ne faut pas rester là, jeune fille ! C’est une fusillade. Fuyez »

Notre héroïne se retourna afin de voir son interlocuteur. Cependant, elle vit que des personnes fuirent. Un puissant coup de feu la ramena à la réalité. Elle traversa en vitesse le rayon d’en face, qui exposait un ensemble de friandises, pour atterrit dans l’allée principale. Elle fit un quart de tour, puis se mit à courir le plus vite possible vers le fond du magasin, c’est-à-dire vers le rayon des boissons, espérant s’éloigner le plus possible des tireurs fous. Mademoiselle Adams se positionna au centre du rayon. Son cœur se débattait parmi sa poitrine. Il lui fessait très mal. Les coups de feu s’approchaient, ainsi que les hurlements et des voix masculines qui criaient :

« Mort à vous, bande de sales porcs »

Julie, dans sa panique, savait qu’elle devait trouver rapidement une échappatoire à cette situation, sous peine de mourir. Elle se força à se calmer, et en même temps à retrouver ses esprits. Pour se faire, la jeune femme respira profondément pendant quelques secondes. Ensuite, alla se placer à l’extrémité du rayon (côté allée centrale). Ce qu’elle vit ne la rassura pas du tout. En effet, des personnes étaient couchées sur le sol, et bien souvent à côté d’une flaque de sang. Elle ne vit aucun tireur, ce qui était évidemment une bonne nouvelle. De plus, on attendait uniquement des tirs lointains. Elle se précipita à l’opposé du rayon. L’allée était desserte. Son regard se posa sur une porte de service située à côté d’un grand volet donnant sûrement dans un hangar. Elle lança des regards attentifs dans toutes directions, espérant de ne voir personne. Elle avança lentement vers la porte, en s’arrêtant à chaque rayon pour vérifier la non-présence d’éventuel tireur. Ses lunettes continuaient à filmer ce moment particulier.

Elle atteignit la porte à bout de souffle, l’ouvrit et

« Ne bouge plus sinon tu es morte »

 

***

 

Yanis continuait à déambuler, en faisant très attention à ne pas croiser l’un de ses amis, dans la galerie marchande, fusille à la main. Chaque fois qu’il croissait des personnes affolées, il fessait signe de partir vers la sortir. Le jeune homme ne pouvait pas tuer des innocents, c’était plus fort de lui, même s’il avait été formé pour. Déjà la veille au soir, dans son lit, il ne savait plus s’il devait vraiment y aller. Il s’imaginait en train de tenir en joue un innocent, avoir sa vie à portée de canon. Même si mon ami m’a appris que c’était des ennemis au travers de leur non-croyance et surtout de leur racisme envers nous. Cependant, les généralités nuisent aux personnes concernées, en plus d’être infondées. Les blancs ne sont pas tous de furieux racistes voulant à tout prix nous jeter dans la Seine. Je crois avant tout qu’ils sont manipulés par les médias. Ces derniers montrent toujours le mauvais côté des banlieues, c’est-à-dire les viols, la drogue, les voitures brûlées et les meurtres. Ces gens ont une famille, une vie, tout comme moi. Je ne peux pas les tuer, c’est impossible.

Tout en errant devant les différentes vitrines, Yanis tirait de temps à autre une rafale de balles en l’air pour donner l’illusion de tuer des personnes. Lorsqu’il rencontrait l’un de ses camarades, ce dernier prenait un malin plaisir à lui dire le nombre de personnes qu’il avait tuées. Notre faux tueur répondait toujours par un nombre inférieur. Sur ceux, ses amis le motivaient par ces mots :

« Va y frère, tu peux faire mieux »

L’homme répondait par un simple sourire gêné.

À aucun moment, il avait pensé comment cela allait se terminer. Notre héros était pris dans une spirale infernale. Les événements s’enchainèrent de façon automatique, et aujourd’hui il était là, tenant une machine à tuer, sans savoir quoi faire. Se sauver ou rester.

« Ramène-toi ! On a des otages »

 

***

 

Un groupe d’otages était regroupé dans la réserve du magasin. Julie se trouvait parmi eux. Tous portaient la peur sur leur visage. Ils formaient un cercle au milieu d’une grande allée fait de hautes étagères remplies de cartons de toute taille. On ne pouvait pas voir les rayons voisins. Cela donnait une sensation de confinement, malgré la largeur du rayon. Trois personnes armées étaient positionnées aux extrémités. Sous les tôles semi-transparentes recouvertes de mousse naturelle régnait une chaleur étouffante. Les otages transpiraient à grosses gouttes dans un lourd silence.

Pas un mot ne sortait de leur bouche. Chacun regardait le sol, à défaut d’un visuel d’atterré. Des gouttes de sueur tombaient sur le béton gris foncé, et formaient des petits cercles.

Toujours en silence, un groupe armé dispersa calmement les otages au sein de plusieurs rayons. Ils obéissaient sans aucune résistance. Julie se retrouva en présence de Yanis.

 

***

 

Julie n’osait pas regarder son preneur d’otage qui était Yanis. Elle ressentait un mal-être de la part de l’homme. Il effectuait les cent pas dans l’allée, tout en marmonnant des dires incompréhensibles. Son état nerveux ne rassurait pas de tout la jeune femme, d’autant plus qu’il tenait une arme dans les mains. Elle décida de commencer une conversation, histoire de détente l’atmosphère :

« Bonjour, comment t’appelles-tu ? »

« Ma religion m’attendit de parler aux femmes non musulmanes »

« J’en déduis que vous avez tué au nom de l’islam »

Yanis acquiesça de la tête, sans regarder la femme.

« Je croyais que c’était une religion pacifique »

« Exactement, mais lorsqu’on n’est pas respectés, un moment il faut prendre les armes, sinon on se fait écraser comme des insectes »

« Nous ne sommes pas tous des racistes en puissance. Malheureusement, il y en a. cependant, il ne faut pas généraliser. C’est comme si je disais que tous les musulmans sont des terroristes »

Yanis était sur le point de répondre, quand une voie rock se fit entendre derrière lui :

« Yanis ! Tu fais quoi là ? On n’a pas le droit de parler avec une femme. Elles incarnent le sheitan. Reprends-toi mon frère »

Le jeune homme tourna le dos à la femme et ne prononça plus un mot.

 

***

 

La nuit plongeait la réserve dans la pénombre. Tout était d’ombre. Les yeux fatigués avaient de grandes difficultés à distinguer les détails. La chaleur continuait à faire couler la sueur sur les visages des otages toujours répartis au sein des rayons.

Tout le long de l’après-midi, la police avait tenté de prendre contact avec les terroristes, mais en vain. Les ravisseurs ne possédaient pas de téléphone portable.

 

Julie était toujours avec Yanis, plongée parmi un lourd silence. À plusieurs reprises, la jeune femme avait tenté de se connecter sur internet grâce à ses lunettes pour envoyer des messages rassurants à ses proches, et peut-être même fournir des renseignements à police. Malheureusement, les WiFi n’arrivaient pas jusqu’à là. Par conséquent, en but de passer le temps, elle avait essayé à maintes reprises d’entamer une conversation avec son gardien. Cela était semblable à parler à un mur. Son but était de combler son esprit pour ne pas penser à la mort.

 

 

La nuit tombée, les deux individus étaient toujours ensemble, plongés au sein d’un lourd silence. La pleine lune éclairait, au travers des tôles semi-transparentes, l’endroit d’une lumière blanchâtre. Si la situation ne se voulait pas être si dangereuse, les personnes ici présentes, auraient pu se laisser croire, avec un peu d’imagination, se trouver au sein d’un lieu romantique.

La police n’avait pas arrêté de faire passer un hélicoptère au-dessus de l’entrepôt. Chaque fois, un tube lumineux illuminait tous les individus à tour de rôle, découvrant ainsi des visages apeurés. Chacun ne savait pas s’il allait revoir ses proches. Leur vie défilait devant eux comme un film en accéléré. Les bons moments, ainsi des mauvais, passaient à une vitesse effrayante. On aurait dit que la touche avance rapide avait été actionnée. Leur existence pouvait prendre fin par une simple pression sur une gâchette, propulsant ainsi un petit bout de métal. Une vie ne tient à pas grand-chose.

 

Julie pris en toute discrétion, de sa poche, un mini bloc-notes jaune et un crayon multi couleurs. Elle choisit le coloris bleu, puis commença à écrire :

« Certes, tu ne peux pas parler aux sexes faibles, mais tu peux leur écrire ? Non ! »

La femme forma une boule avec la feuille retirée du carnet, la lança sur la tête de Yanis qui se retourna tout surpris. Dans son regard rageur, il vit Julie lui faire signe de déplier la feuille. Il s’exécuta. Les mots firent apparaitre un léger sourire vite effacé de peur que quelqu’un le voie. À cette vue, la demoiselle fit rouler son stylo sur le sol. Un pied masculin enfermé dans une chaussure couramment appelé basket stoppa le crayon. Il hésita un instant, puis le ramassa et finalement noircis quelques lignes avec ses mots :

« Ma religion m’interdit toute forme de communication avec une femme »

La feuille fut repliée et renvoyée à l’expéditeur. Julie le regarda avec un air faussement boudeur, en baissant la tête vers l’avant. L’homme ne put s’empêcher de sourire de nouveau. Il regarda au tour de lui, puis s’approcha de son otage.

« Tu vas bien ? Tu n’as pas soif ? »

« Tu me parles ? Fais attention à ne pas aller en enfer »

« Ne te moque pas de ma religion. Même si tu es hâté, respecte au moins mon dieu »

« Tu as raison. Excuse-moi »

« Nous ne sommes pas si mauvais que ça, tu sais. Nous souhaitons simplement montrer aux non-croyants que nous ne sommes pas des monstres »

« En tuant ! »

Yanis se rapprocha de l’oreille féminine.

« Je n’ai tué personne. J’aurais dû les empêcher, mais je ne voulais pas mourir. Je veux revoir ma famille. Tu vas me dire que j’aurai dû y réfléchir avant. Cependant, un faux bonheur apparut dans ma vie assombrie à cause du décès de mon père et le fait que je ne trouve pas de travail. Un ami m’a fait découvrir l’islam radical. Je me suis réfugié dedans sans réfléchir. J’avoue, j’ai peur de la fin des événements »

« Tu peux te rendre à la police »

« Si je fais cela, ils me tueront, car je serais un traitre. Je veux absolument revoir ma mère et ma grande sœur »

« Tu n’es pas comme les autres. Tu as un bon fond »

« Tu sais, ils sont tous comme moi. C’est simplement des jeunes qui n’ont pas trouvé leur place dans la société »

« Ils ont tué des gens, pas toi »

« La vie les a rendus plus durs. Et certains d’entre eux n’ont plus d’attache dans ce monde »

« Tu n’as aucun plan pour sortir vivant de cet endroit ? »

« Non ! D’un côté, il y a mes amis qui me tueraient si je me sauve. De l’autre côté, les policiers risquent de m’abattre »

« On pourrait monter un plan pour s’évader à deux »

Ils continuèrent à discuter en cachette durant une heure. Ils firent connaissance. S’apprécièrent, tout en pensant qu’ils pouvaient devenir amis en dehors de cet endroit. En profondeur, ces deux individus n’étaient pas si éloignés. Ils étaient deux jeunes personnes voyageant dans la même époque et ayant beaucoup de bonté. Julie avait également passé une mauvaise période, au moment où son père lui refusait l’accès aux études d’art. À cette époque, elle commença à se droguer pour oublier ses problèmes, certes pas grave aux yeux de la majorité des gens, mais importants pour elle. Les joints faisaient que passer. Elle était presque tout le temps dans un état second, jusqu’à son entrée en école d’art.

 

Les deux jeunes évoquèrent leur amour envers leur famille respective. Ils avaient envie encore de partager des moments en présence de leurs proches, tout en se sentant aimer. Selon eux, la vie les n’avait pas encore transporté assez loin. Durant le voyage, le vrai amour ne l’avait pas encore frôlé.

 

***

 

Vers minuit, alors que Julie et Yanis parlèrent à voix basse pour continuer de faire connaissance et de passer le temps, un fumigène éclata près d’eux, en produisant un flash assourdissant. Les otages se jetèrent à terre aussi vite que possible. La panique fit son apparition au travers des cris accompagnés par des coups de feu. Les deux jeunes se blottirent l’un contre l’autre. Julie sentait le corps masculin contre elle. Ses yeux pleuraient tous seuls à cause de la fumée. Son souffle court s’entrecoupait de toux qui la fessait cracher sur le sol en béton. Malgré la proximité, elle ne voyait pas l’homme qui tentait de la protéger avec son propre corps, et cela même la courte durée de leur connaissance. Elle avait l’impression qu’il pleurait, car spammes le secouer. De plus, les derniers dires de l’homme arrivaient à son oreille :

« Maman, grande sœur, je vous aime »

 

***

 

Julie était agenouillée devant une tombe, encadrée de deux femmes qui pleuraient. Sur la pierre, on pouvait lire :

« Un jeune homme victime de la société »

 

Un éternel égoïste

Un éternel égoïste

J’avançai dans les rues parisiennes où une forte pluie d’automne tombait depuis presque d’une semaine. Les rigoles étaient transformées en lit de petits ruisseaux. Ces derniers transportaient des feuilles jaunies ou rougies par la baisse de la sève. Elles se faisaient ballotter en tous sens par les flots qui formaient des géantes vagues, comparées à leur taille. Ces minuscules rivières terminaient leur chemin dans une des innombrables bouches d’égout de la ville. Là, nos traits d’eau rencontraient leurs semblables, puis cet ensemble formait une rivière souterraine insalubre. Elle coulait tranquillement parmi le noir et la puanteur. Sur les rives surélevées, des rats regardaient, avec appétit, passer les déchets des humains. Pour eux, ces détritus constituaient leur met. Cette eau marron foncé terminait son chemin en se jetant au sein de la Seine. Cette dame menaçait de se répandre dans les rues, comme au début du siècle dernier, et par conséquent propager des maladies. Le fleuve donnait une impression de puissance, au travers de son volume et de sa rapidité de mouvements. Des troncs d’arbres constituaient les uniques objets naviguant sur cette succession de tourbillons et de vagues. Les passants regardaient ce spectacle en ressentant une angoisse grandissante.

Dans la rue où je me trouvais, de nombreuses flaques reflétaient vaguement le ciel de coton gris très foncé, limite noire. Le firmament obscurcissait la lumière naturelle, donnant l’impression d’être plongé à l’intérieur d’un film en noir et blanc ou une bande dessinée dépourvue de couleur. Les hautes habitations situées de chaque côté de la rue renforçaient grandement ce ressentiment. Ils témoignaient la longue histoire de cette magnifique ville. Les personnes attentives, et un peu rêveuses, pouvaient encore entendre le bruit des sabots frappant les pavés sales, sentir la puanteur des ruelles dangereuses, ou apercevoir d’élégantes femmes en longue robe.

Même les passants contribuaient à cette noirceur avec leurs vêtements sombres. Cependant, ce tableau s’appropriait de quelques couleurs au travers de grands parapluies servant comme habitation précaire. Leur coloris apportait une légère gaîté dans cette morosité ambiante qui se voyait très bien sur la quasi-totalité des visages.

Personnellement, j’étais submergé par un bonheur simple. Je venais d’acheter un très bon roman, et j’avais hâte de le lire face à un feu de cheminée, en écoutant la pluie frapper mes vitres. Cette musique me détendait, puis me transportait loin de la réalité. Durant cette nuit, je voyagerais au fil des pages, espérant que Paris soit inondé demain pour que mon bien-être se prolonge durant quelques jours. Si cela arrivait, j’aurais le silence comme ami. Mon fauteuil mono place glisserait vers les carreaux du salon, m’offrant vue sur ma rue. Des litres de café seraient préparés et mis à mes pieds. Et le paquet de cigarettes se trouverait sur le rebord de la fenêtre entrouverte, laissant ainsi passer un filet d’air frais. Il se mêlerait avec la chaleur intérieure, donnant une enveloppe tempérée et respirable. Pour finir, je me risquerais à penser à mon bonheur égoïste constitué par le fait que je sois au chaud pendant cette période pluvieuse.

L’atmosphère de l’automne m’avait pénétré, puis retirait toutes mes mauvaises pensées. Tout me paraissait beau sous cette pluie. Les feuilles multicolores tombaient dans les parcs sur les promeneurs venus admirer l’agonie de dame nature. Elle s’accompagnait anormalement de jolies couleurs appartenant à la gamme des oranges. Cette mort était belle visuellement et de façon ressentît, car chacun savait que la nature renaîtrait l’année prochaine. Cette fin de vie produisait une agréable odeur faisant voyager imaginairement, un peu comme une drogue. Encore une fois, c’était l’opposé du trépas traditionnel.

Je voulais absolument profiter de ce moment, au même titre d’une séance de bronzage sous un soleil brûlant. Cette ambiance me rappela ma jeunesse, plus précisément mon rêve d’aller faire Halloween au sein d’une petite ville américaine. Je me serais promené dans les rues, habillé en vampire. Mon parquet de bombons presque vide serait agité par un vent nocturne provenant des arbres orange. La lune éclairerait faiblement mes pas, entre deux nuages filant à toute allure vers l’horizon. Je m’amuserais à me faire peur en pensant qu’un tueur d’enfants rôderait. Me connaissant, j’aurais fait tout mon possible pour rester toute la nuit dehors.

Me voilà arrivais en bas de mon immeuble.

 

Je pénétrais mon salon, tout mouillé. Mes pieds caressaient la moquette foncée qui sentait, comme chaque élément de la pièce, fortement la fumée de cigarette froide. J’allumai l’ampoule nue, à l’aide d’un petit interrupteur à levier. Elle se trouvait au centre d’un cercle formé par des roses moulées dans le plafond blanc. La forte lumière blanche mit en valeur une vingtaine de piles de livres, hautes d’environ un mètre. Parmi ces tours, un fauteuil d’une place effectuait un tête-à-tête avec une cheminée ouverte. Des petites fleurs bleues posées sur un fond marron foncé le décoraient. L’assise comportait une longue éventration. Elle laissait sortir une grosse mousse jaune poussin. On ne voyait pas les murs pour cause de présence d’étagères en bois comportant des centaines de livres. Une unique fenêtre jaunie par la fumée donnait vue sur un haut bâtiment datant du dix-huitième siècle. En bas, on apercevait, au travers des gouttes d’eau, une étroite ruelle peu fréquentée.

Mon compagnon se nommait William. Il était parti en déplacement pour son travail à Marseille durant trois semaines. On vivait chacun dans son propre appartement. Et lorsqu’on l’envie d’un câlin ou le manque d’affection se faisait sentir, l’un allait chez l’autre passer deux trois jours. Ensuite, chacun repartait chez lui. Je ne ressentais pas d’amour envers lui. Il me servait uniquement à assouvir mes besoins naturels, au même titre de la nourriture. Je voyais son amour pour moi, mais cela ne me faisait ni chaud ni froid.

J’allumai la cheminée, puis me plongea parmi un bain bien chaud. À ma sortie, une pénombre nocturne habitait mon salon. Le feu mourait doucement. Il se résumait à des braises rouges. Je me hâtai de mettre une buche pour le ramener à la vie. Des flammes jaunes séchèrent mon corps nu, en me faisant frissonner. Une fois entièrement sec, j’enfilai un gros peignoir éponge, puis mangea rapidement un bol de soupe verte accompagnée par des tartines beurrées.

Après le dîner, le fauteuil fut poussé sous la fenêtre peu ouverte. Cet endroit allait devenir mon paradis pour les heures avenir. Deux agréables bruits brisaient le silence : le ronronnement du feu, et la pluie sur les carreaux. Une lampe de bureau posée sur le rebord de la fenêtre éclairait les mots.

 

Je lus durant toute la nuit, voyageant au gré de l’histoire. Mon bonheur était à son comble, malgré la fatigue. Je ne voulais absolument pas de cet instant s’arrête.

Au petit matin, mon regard embrumé scruta la ruelle, espérant de voir une rivière. Le soleil m’aveugla. Les pavés étincelaient comme des étoiles. J’ouvris la fenêtre pour regarder la couleur du ciel. Un air frais saturé par une senteur de feuilles mortes humides me tonifia et me fit frissonner. Les oiseaux chantaient sur un fond bleu.

Très déçu, je me levai et pénétrai ma salle de bain, nu. Pris un revolver, puis retourna à mon lieu de départ. Posa l’arme froide sur ma tempe. En ressentant une grande joie d’avoir trouvé un remède à ma déception, je dis à voix haute :

« Que mon bonheur égoïste ne soit plus sali par la vie »

J’appuyai sur la gâchette. La joie éternelle commença.

Des vacances à l’ancienne

Des vacances à l’ancienne

Dorian regardait, assis sur la terrasse de la maison, un magnifique paysage bourguignon. Ce visuel se composait de collines pas très hautes couvertes soit par des bois sombres soit par des champs colorés avec un jaune très clair, limite éblouissant. Entre deux coteaux se trouvaient des pâtures où parfois des vaches broutaient paisiblement dans l’air chaud du mois août. Ces zones d’herbes se délimitaient avec des filles barbelées non visibles à cette distance. L’ensemble des couleurs de ce décor respirait la gaieté, tout comme ce moment de l’année. Au loin, une route peu fréquentée zigzaguait sur les différentes collines. Elle représentait l’unique activité humaine. De temps à autre, un nuage passait rapidement devant le soleil, produisant ainsi une ombre qui courait sur cette nature.

Le garçon avait treize ans. Il possédait une chevelure châtain claire. Elle lui couvrait ses oreilles et son front. De jolies bouclettes rendaient cette coiffure brouillonne et lui donnaient une allure de skateur, tout comme ses habille : un t-shirt trop large décoré d’une jolie surfeuse, et un baggy bleu claire lui descendant en bas des fesses laissant apparaître un caleçon à grosses fleurs rouges d’Hawaï sur un fond vert. Son visage semblait être bloqué entre l’enfance et l’adolescence. Ses joues étaient encore rondes (sa silhouette aussi) et couvertes de taches de rousseur. Cependant, à présent, il y avait quelques boutons à pointe blanche. Son regard ressemblait fortement à celui d’un chat : yeux verts en amande. Son nez, légèrement trop épaté, lui donnait un charme pour l’instant encore enfantin. Sa bouche pulpeuse apportait une touche de féminité.

La joie dominait ses sentiments, car le lendemain il partait en vacances dans le var. Cette année, son père avait eût la bonne idée de proposer au reste de la famille des vacances à l’ancienne, loin des nouvelles technologies. Ils acceptèrent avec plaisir, surtout Dorian qui se voyait déjà vivre de grandes aventures exactement comme dans les livres de Pagnol. De plus, il ne ressemblait pas à la quasi-totalité des enfants de son âge. Le jeune garçon n’aimait pas passer des dizaines d’heures sur un ressaut social ou devant un jeu vidéo. Il adorait se promener seul dans la nature pour découvrir de nouveaux animaux ou de nouvelles plantes, en général, car parfois il partait dans des aventures imaginaires. À l’école, il possédait quelques amis, tous des rêveurs comme lui. Ils discutaient principalement de leurs livres lus.

Dorian alla finir ses derniers préparatifs pour le voyage.

 

Le repas du soir se déroula au crépuscule. La famille se trouvait au centre du salon qui se voulait être moderne au travers de ses couleurs : fuchsia et gris. Des lampes électriques enfoncées dans le plafond diffusaient une douce lumière. Elles créaient des points lumineux sur les grands carrelages noir anthracite. À gauche de la table couverte par une plaque en verre, se trouvait un escalier sans rambarde et menant aux chambres. Face à la première marche, une petite fenêtre laissait voir le même paysage qu’on pouvait admirer sur la terrasse. En dessous de l’escalier, une ouverture en demi-lune avait été faite dans le mur. Elle donnait vue sur la cuisine.

Tout de suite après le repas, ils allèrent se coucher dans une bonne humeur générale.

 

À cinq d’heure du matin, Dorian s’installa sur le siège passager pour au minimum les six heures avenir. Il regardait paisiblement les lumières des villes encore endormies au sein de cette belle nuit d’été. Les routes ne s’encombraient pas encore avec les traditionnels bouchons estivaux.

Dorian sombra dans un profond sommeil une heure après le départ et se réveilla seulement dix minutes avant d’arriver à destination.

Dans son regard embué, des vignes parcouraient des collines dont leur sommet était formé par des roches apparentes. Entre deux vignobles, des oliviers ombrageaient le sol qui se couvrait avec de gros cailloux.

La voiture longeait un profond ravin contenant quelques arbres brûlés. À l’opposé, un mur de roche donnait l’impression d’être poussé vers le vide. Après cinq minutes à se faire balloter à cause du mauvais état de la route, la famille arriva dans l’impasse où se trouvait la demeure des vacances. C’était une imposante maison de forme cubique. Elle possédait cinq fenêtres réparties sur deux étages. Chacune s’occultait avec des volets composés par lamelles en bois peint en blanc, tout comme la totalité des murs. Cet ensemble se voulait être très propre. La porte apportait quelque chose de marin au travers de son bleu foncé. Cette entrée ne comportait aucune marche. Elle était devançait par une avancée en béton d’une largeur d’une dizaine de centimètres. Quelques cailloux s’y trouvaient. À gauche de la porte, une porterie en forme de cigale multicolore apportait une gaieté visuelle. Les tuiles rouge sang du toit tranchaient nette avec le bleu du ciel. Cette habitation s’entourait par les éléments suivants : derrière et à droite, à cinquante mètres des murs, on pouvait admirer un empilement de rochers qui empêchait de voir l’horizon. À gauche, un vertigineux ravin devançait une série de collines habillées de vignes. Devant, une place couverte de graviers blancs permettait aux voitures de se garer. Aucune barrière ne la fermait. En son centre, une cabane en bois faisait office de toilette.

Cette maison appartenait à un couple d’amis. Ils étaient partis en vacances à l’étranger et avaient seulement demandé de sortir les fleurs, puis s’en occuper.

La famille descendit les valises et pénétra dans la bâtisse.

La fraîcheur du lieu impressionna Dorian. Le contraste entre la chaleur étouffante de l’extérieur et la fraîcheur de l’intérieur donnait la sensation d’entrer dans un frigidaire. La pénombre avait élu domicile. Trois traits lumineux passaient par des trous dans les volés, et formaient des cercles lumineux sur le mur d’en face. Une forte odeur de renfermer força la famille à ouvrir la totalité des fenêtres pour créer un courant d’air. En même temps, la lumière dévoila l’ensemble des pièces. Tous reprenaient le style du début du vingtième siècle. La cuisine comportait un poêle à charbon, la salle à manger possédait uniquement des meubles taillés dans un vieux bois, et chacune des chambres renfermait uniquement un lit et une garde-robe. Les autres endroits étaient fermés à clef. Il n’y avait pas de salle de bain, on pouvait se laver soit avec une bassine dans la cuisine soit sous une douche qui se trouvait à l’extérieur, à côté des toilettes.

 

Trois jours après son arrivée, Dorian décida d’aller explorer les environs. Il prépara son sac avec des provisions : une boussole, une carte, un couteau suisse et plusieurs autres outils. Après les traditionnelles recommandations de sa mère, il prit un étroit chemin terreux montant une colline. Il se bordait de hautes herbes complètement jaunies par le soleil. Les cigales chantaient le bonheur du sud dans une chaleur déjà écrasante. Les grosses chaussures de marche du jeune garçon faisaient craquer les cailloux jonchant la terre complètement sèche, réduit presque en état de poussière.

Notre héros se sentait complètement en vacances et dans son élément. Le bonheur régnait parmi son esprit.

À midi, il s’arrêta dans une plantation d’oliviers pour se restaurer à l’ombre. Il sortit de son sac un sandwich au jambon et une bouteille d’eau fraîche. En guise d’entrée, Dorian se prépara une omelette avec des œufs d’oiseaux récemment ramassés. Pour se faire, il alla s’assoir à côté d’une grosse pierre plate se situant en plein soleil. Regarda si elle était bien brûlante, puis la nettoya à l’aide d’un chiffon sec. Le cuisinier la saupoudra de poivre et de sel. Cassa les six œufs sur la plaque de cuisson naturelle. À leur contact, le liquide transparent se transformait en chose solide blanche, dans un léger bruit de crépitation. Une fois la totalité des cotyles fut vidée, le garçon déversa un peu d’herbes de Provence sur l’omelette. À la suite de ce bon repas, il décida de faire une petite sieste avant de reprendre la route.

 

Vers quinze heures, Dorian passa devant une veille demeure totalement en ruine et envahi par la végétation. Elle était haute, mais pas large. Elle ne possédait ni de fenêtres et ni de porte. Les murs extérieurs se faisaient totalement couvrir par de hautes plantes vertes, tout comme le parterre du devant. Aucune barrière ne gardait cette habitation.

 

« On raconte dans la région que cette demeure est hantée par un homme qui vivait au moyen âge et qui manger les enfants pour, selon lui, gardait sa jeunesse éternellement »

Ces dires effrayèrent Dorian. Il fit un demi-tour si rapidement qu’il faillit tomber. L’aventurier vit un vieil homme assis sur un banc en pierre. Cette assise formait un toit pour de hautes herbes. Sa peau avait été vieillie prématurément par le soleil. De nombreuses taches plus foncées parsemaient son visage, ses bras, ses mains et ses jambes. Ses mains possédaient de grosses veines bleues. Le temps avait creusé des ruisseaux asséchés dans son visage et blanchit ses cheveux coiffés à l’arrière comme les anciens rockeurs. Deux yeux bleus regardaient tendrement l’enfant. Le vieillard portait un débardeur blanc et un short vert uni. Il se recroquevillait sur une canne maintenue par ses deux mains posées l’une au-dessus de l’autre. La deuxième extrémité du bâton se trouvait entre ses pieds protégés par des sandales en cuir marron, et posait sur de gros cailloux.

« Je suis désolé d’avoir fait peur mon petit, ce n’était pas de tout mon but »

« Ce n’est pas grave monsieur. Je pensais juste que j’étais seul »

Les deux individus discutèrent à propos de la maison durant dix minutes, puis Dorian reprit son chemin en pensant qu’il allait sûrement revenir ici durant une nuit pour visiter la demeure. Il aimait tout ce qui touchait au paranormal, même s’il ne croyait pas au fantôme. Ces phénomènes lui procuraient des frissons. Le jeune garçon visitait régulièrement des lieux soi-disant hantés, mais il n’avait jamais vu de choses inexpliquées à ce jour.

 

Vers dix-huit heures, le ciel se couvrit d’un énorme nuage noir, assombrissant fortement la luminosité. On se croyait au crépuscule d’un jour pluvieux. Le vent se souleva rapidement. La végétation morte vivotait et parfois venait frapper le visage de Dorian. Le marcheur se trouvait sur un étroit chemin terreux. Il serpentait une haute colline. Le randonneur rechercha, en courant, un endroit pour s’abriter de la future pluie qui, à juger la noirceur et la grosseur du nuage, allait être forte. Dans un virage, il vit un renfoncement dans la paroi. Le randonneur sortit sa lampe de poche, ensuite éclaira l’endroit. C’était une sorte de petite grotte très sombre. À peine entré, son téléphone portable (sa mère l’avait obligé à le prendre pour plus de sécurité) sonna. Évidemment, c’était sa maman qui l’appelait, car, à la vue de l’orage, elle s’inquiéta pour lui. Après l’avoir rassuré, il s’assit sur un rocher, au bord de la caverne.

À l’extérieur, la pluie formait un rideau presque opaque. On ne voyait plus les collines qui formaient une profonde gorge. L’eau refroidissait le sol, en produisant une agréable odeur transportée par un violent vent. Il hurlait, donnant un côté sinistre à la scène. Des feuilles et des petites branches passaient et repassaient devant la grotte. Toutes les dix secondes environ, un éclair mettait en valeur chaque élément du paysage durant une centaine de millisecondes, puis un vacarme montait rapidement dans la grotte. La chaleur avait totalement disparu pour laissait place à une fraîcheur appartenant à une soirée printanière. Cette sensation était renforcée par les parois. Dorian frissonnait assis, les bras croisés, toujours sur la même grosse pierre. Il regarda autour de lui et constata qui avait de nombreux branchages à même le sol. Il les ramassa pour former un tas. Ensuite, il réalisa un cercle sur le sol à l’aide de grosses pierres. Plaça le bois en son centre. Sortit quelques vieux journaux de son sac et les mit en boules sur le bûché. Pour finir, le nouvel homme des cavernes gratta une allumette et enflamma une boulette. Aussitôt, une flamme naquit. Elle grandissait fur et à mesure qu’elle se nourrissait. Son évolution s’accompagnait de craquement et d’étincelles. Le vent poussait vers le fond la fumée blanchâtre. Dorian respirait l’air frais, tout en profitant de la chaleur de son feu. Il avait l’impression d’être enfermé dans cocon lumineux.

Une demi-heure après, le soleil réapparut, ainsi que la chaleur. Le jeune garçon prit la route du retour dans une nature détrempée. La végétation se décorait de colliers en perles liquides qui brillaient au soleil. Les trous dans la route étaient remplis d’eau. Elle renvoyait l’image d’un ciel encore nuageux.

En arrivant à la maison, il vit ses parents assis sur des sièges blancs et en train de boire un verre de rosé glacé. Ils l’accueillirent avec un sourire.

 

Deux nuits plus tard, Dorian décida d’aller visiter la demeure soi-disant hantée, en cachette (afin de ne pas inquiéter inutilement sa mère). Pour se faire, il se fit un support de descende en nouant les draps entre eux. L’Attacha fermement à l’armoire en bois massif qui pesait une centaine de kilos. Le jeune garçon descendit la façade en rappelle, comme il avait appris dans son club d’escalade.

À présent, l’aventurier marchait dans la nuit, entouré par des cris d’animaux nocturnes. Dorian ne comprenait pas la peur de certaines personnes dans une situation semblable. C’est juste des chouettes ou des grenouilles, et non des monstres assoiffés de sang. Une légère brise faisait un peut bouger ses cheveux et descendait la température de deux ou trois degrés. Il avait hâte d’entrer au sein de la maison pour ressentir la traditionnelle peur lorsqu’on est face à l’inconnu.

Le chasseur de fantômes arriva devant le lieu-dit. La lune éclairait d’une lumière blanchâtre la bâtisse. Il pénétra dans les hautes herbes qui devançaient l’entrée. Il voyait à peine l’entrée. Arriva avec difficulté dans l’endroit voulu. Une forte odeur de moisi l’écœura presque. Sa lampe de poche balayait de gauche à droite les éléments suivants : un escalier troué, un placard sans porte, un couloir fini par lumière blanche, et une porte cassée encadrée par un mur couvert avec un papier peint blanc parsemé de minuscules fleurs bleues. Dorian fut naturellement attiré par la source de lumière. Le garçon avança vers elle, tel un zombie. Pour aucune raison apparente, il se sentait hypnotisé. Traversa une cuisine insalubre sans même y faire attention, puis, en passant par une porte située à droite d’un évier, arriva dans une serre collée à la maison. Les plantes sauvages envahissaient l’endroit. La majorité d’entre elles montait jusqu’au toit en verre qui laissait passer les rayons de la pleine lune. Une chaude odeur de terre réveilla un peu Dorian. Il avança de quelques pas pour mieux apprécier l’endroit. Des feuilles lui caressaient les joues, tout en laissant un peu d’humidité. Soudain, entre les plantes, il aperçut une petite sphère bleue qui semblait voler. Il écarta rapidement le feuillage. En effet, une chose lumineuse se trouvait à quelques mètres de lui. Elle s’amusait avec des insectes. Rempli de curiosité, Dorian s’approcha doucement d’elle. Le point lumineux le vit et aussitôt il vint tournoyer autour de sa tête. Le jeune garçon commença un mouvement de recul, mais l’entité lui fit comprendre qu’elle n’était pas dangereuse, grâce sûrement à ses légers sifflements très mélodieux. Elle le frôlait en lui procurant une douce chaleur.

Dorian était presque sûr qu’il se trouvait devant à un phénomène paranormal et qu’il devait, par conséquent, en profiter au maximum. Il la regarda attentivement pour voir si ce n’était pas un insecte. Il constata que cette chose volante était transparente et parfaitement ronde. Par conséquent, ceci ne pouvait pas être un être vivant. Elle continua à tourner autour de sa tête pendant une dizaine de secondes encore, puis s’éloigna rapidement, en produisant un fort sifflement. Le garçonnet se mit à courir parmi la végétation pour le suivre. Des épines lui éraflèrent les mollets et firent couler quelques larmes de sang. Étant absorbé par le surréalisme de la scène, il ne sentait pas la douleur. Subitement, les plantes cessèrent de lui cachaient la vue. Il se trouvait au centre d’un cercle couvert de terre sans aucune végétation. La sphère bleue fit trois petits cercles, puis pénétra le sol. Dorian tapa avec son pied, de façon irréfléchie, à l’endroit même où elle avait disparu. Un bruit métallique se fit entendre. Il éjecta un peu de terre avec sa chaussure. Une plaque métallique apparut à la lumière blanchâtre. Durant qu’il enlevait le reste de la terre avec ses mains, il découvrit une poignée. La tira et la trappe se souleva facilement. Un trou apparut avec l’entité bleue au fond. Elle éclairait faiblement un sol boueux. Grâce à sa lampe, il découvrit une échelle attachée à la paroi. Toujours sous l’effet de la découverte, il descendit par la trappe avec prudence. Une fois en bas, il fit un demi-tour sur lui-même, tout en recherchant son étrange guide. Le faisceau lumineux éclaira une vaste pièce comportant deux grandes tables en bois, et de nombreuses étagères remplies de livres dont leur couverture était tous en cuir. L’air se saturait d’une odeur de terre sèche. Cela était presque suffocant. De plus, la chaleur rendait la situation plus pénible la situation. La lumière bleue se trouvait entre les tables. Elle resta immobile pendant une dizaine de secondes, puis se mit à vivoter et à émettre des sons aigus devant une armoire, comme pour désigner une chose précise. Dorian comprit le message, sans même savoir comment. Il avança vers les livres et naturellement, en prit un. Son volume était semblable à celui de la bible. Le futur lecteur le posa sur l’une des tables. En le feulant, il vit des schémas représentant l’anatomie des enfants. L’histoire du vieillard lui revint en tête. La peur le gagna. Il réalisa que cette chose agréable à la vue était peut-être l’esprit du monstre tueur d’enfants. Ses jambes tremblaient, tout en emmenant le reste du corps vers la sortie. La lumière bleue se posa sur une page et ne bougea plus, comme si elle voulait montrer sa non-violence. Le garçon arrêta nette sa fuite. Avança avec prudence vers la table, en pensant que si les choses tournaient mal, il aurait qu’à s’enfuir, en espérant tout de même que les portes ne se ferment à clef toute seule devant lui. Il lut à voix basse le texte mis en valeur par son nouvel ami. C’était des instructions pour opérer un jeune patient d’une tumeur au cerveau. Il tourna rapidement les pages et constata que ce livre avait pour thème les opérations d’enfant. Le garçon alla prendre d’autres livres sur les étagères. Tous possédaient le même sujet que le premier. Dorian compris que l’homme qui vivait ici opérer les enfants malades et ne les faisait pas mourir par sa propre volonté. Il semblait être sur point d’essayer de dialoguer avec le fantôme, mais il disparut. Notre jeune héros regarda en tous sens pour le rechercher. La pièce était totalement vide. Plus d’armoires, ni de tables. Il se trouvait au sein d’une sorte de cave. Toujours à la recherche de l’esprit, le chasseur de fantômes remonta dans la maison et parcouru chaque pièce, en vain. Il se mit à penser qu’il venait être victime d’une hallucination, sûrement à cause d’un manque d’oxygène dans le trou. Ou un phénomène paranormal venait se dérouler devant ses yeux. Il ne possédait aucun moyen de le savoir, par conséquent il lui restait plus d’aller se coucher en repensant à ce qu’il venait se passer.

 

Deux jours après cet évènement, Dorian demeurait toujours perplexe. Il ne savait pas si cela c’était vraiment passer. Évidemment, il pouvait y retourner pour avoir le cœur net. Cependant, une légère peur l’empêchait de s’y rendre. Le garçon se disait que cette chose avait été gentille, mais la prochaine fois son attitude ne serait peut-être pas la même. Il avait fini par conclure qu’il fallait laisser une part de mystères dans la vie.

 

Ce soir-là, la famille se prépara à une bonne soirée. La mère s’occupa de la table et de la décoration. Elle avait trouvé dans un carton des guirlandes électriques composées de grosses ampoules diffusant une lumière blanche. Elle les attacha à des arbres en faisant passer au-dessus de la table de camping où ils allèrent manger. La lumière électrique combinée avec celle de la lune produisait un dôme qui repoussait les ténèbres, mais pas les moustiques. Cela formait une atmosphère de bal musette d’après-guerre. Pendant ce temps, le père et son fils préparaient le barbecue pour les grillades, composées de merguez, de côtes de porc épissé, et d’andouillettes. Le feu était alimenté par du bois. Aussitôt la nourriture posée sur la grille, une agréable odeur, propre à cette situation, enveloppa la famille. La fumée s’élevait à la verticale et formait un petit nuage au niveau du deuxième étage de la maison.

La table fut recouverte d’une nappe rouge qui mettait en valeur les assiettes en carton dorées et les verres ballons à reflets bleus. Quelques bougies rondes posées dans un récipient rempli d’eau voyageaient tels des radeaux sans but. Des pédales de fleurs roses comblaient le vide.

Ils dînèrent dans la bonne humeur. Tous riaient, racontaient des blagues et surtout mangeaient avec délice. Ce somptueux moment se termina par la grillade de chamallows.

 

               Le lendemain, le trio plia bagage et reprit la route, direction la demeure familiale. Durant le trajet, Dorian repensa à ses merveilleuses vacances avec nostalgie et un peu de perplexité. Dans trois jours, il pourra raconter tout cela à ses amis de classe.

Un amour sur un fond de liberté

Un amour sur un fond de liberté

Jérémie fermait sa dernière valise posée sur son lit. Dans trois heures, il prendra un avion pour se rendre en Turquie, puis en Syrie afin de réaliser un reportage sur les rebelles. En effet, notre héros travaillait comme journaliste dans un grand éditorial parisien. Il adorait s’imager au sein des conflits en but de récolter un maximum d’informations et ensuite d’écrire un dossier ou parfois un livre. Il avait couvert une dizaine de guerres au périple de sa vie. La peur de mourir ne l’empêchait pas d’exercer son métier, car il ne possédait aucune attache ni familiale ni sentimentale. Il n’éprouvait pas d’envies suicidaires, mais le jeune homme pensait que lorsque la solitude nous accompagne, on possède le droit de jouer avec la mort, si c’est pour une bonne raison. De plus, le fait d’éclairer les parts d’ombre des guerres actuelles était, selon lui, le meilleur moyen (à son échelle) d’aider les peuples opprimés.

Le journaliste pénétra dans sa salle de bain pour se raser. Il se regarda quelques secondes dans une glace située au-dessus du lavabo. Son visage était rond, tout comme ses lunettes qui lui donnaient un air de « premier de la classe ». Sa coupe de cheveux accentuait ce sentiment. Elle était composée principalement d’épis blond très foncé. Ils partaient dans tous les sens. Leur faible longueur ne rendait pas cette coiffure ridicule, elle donnait simplement un air nonchalant au personnage qui possédait une silhouette très fine. Seuls, ses yeux apportaient une touche de charme. Ils se coloriaient d’un bleu fort clair.

Il sortit de la salle de bain pour faire une dernière vérification avant de partir (durant ses absences, la voisine d’en dessous s’occupait de son appartement gracieusement).

La pièce principale trouvait sa lumière naturelle au travers d’un toit en verre de forme triangulaire. À ce moment de la journée, le soleil inondait l’endroit d’une déclinante lumière orangée. Tout semblait être au ralenti, comme le calme avant une tempête, ou plutôt avant l’apocalypse. La pièce regroupait le séjour, la salle à manger, la cuisine et la chambre à coucher en mezzanine . La nudité des murs laissait voir des briques blanches séparées par de larges joints gris clair. Cet élément décoratif se mariait très bien avec le thème de l’appartement qui se voulait être : « loft new -yokais ». Trois étagères en fin métal noir proposaient, à la vue de chacun, des dizaines de livres sur le thème de la science-fiction. Quelques tableaux d’art abstrait apportaient un peu de couleur à cet environnement. Un parquet clair couvrait le sol.

Jérémie prit sa grosse valise et ses billets d’avion sur le petit meuble d’entrée. Monta dans un taxi et partit direction l’aéroport « Charles De Gaules ». Il avait hâte d’être sur place pour commencer son travail.

 

Son avion atterrit en Turquie, puis il prit la direction de la frontière syrienne en jeep. L’aventurier emprunta uniquement des petites routes poussiéreuses afin de ne pas attirer l’attention. La nuit tombée, Jérémie pénétra en Syrie sous un ciel totalement étoilé. Tout de suite, il profita de l’obscurité pour poursuivre son chemin jusqu’à Homs. Sur la route, il voyait régulièrement l’ombre de bâtiments détruits, de carcasses de voiture, et d’un peu de végétations. Notre héros pensa que la nuit produisait le même effet d’une guerre : tout devint l’ombre de lui-même.

 

Au petit matin, il arriva sur les hauteurs de la ville de destination. Tous étaient que ruines. Les immeubles ressemblaient à des fantômes possédant des dizaines d’yeux et une bouche rectangulaire. En les voyant, on comprenait tout de suite que ce lieu avait subi la colère de la guerre. De plus, les routes ne pouvaient plus jouer leur rôle à cause des nombreux cratères formés certainement à la suite d’un bombardement. Sur le bas-côté, on pouvait apercevoir des restes de véhicule totalement brûlés. De temps à autre, ils fumaient encore, tout comme les ruines d’un imposant bâtiment situé au loin. Pour le moment, aucun signe de vie ne se montrait. Soit la totalité des êtres vivants s’était entre-tuée, soit la terreur dormait encore.

Jérémie descendit dans la ville, prudemment (toujours entouré d’un calme total). Il ne voyait toujours pas d’activité humaine. Il n’y avait même pas un chien ou un chat errant. Soudain, la vitre passagère arrière gauche explosa. Le conducteur pensa :

 

« Voilà une situation normale »

 

Il fonça avec la voiture vers un haut immeuble situé à sa gauche. La portière se frotta violemment contre un mur en béton troué par des balles, en produisant des étincelles. Une fois la voiture immobile, le conducteur sortit, tête baissée, par la portière passager. Il courut se réfugier dans l’entrée de l’immeuble, en fessant le tour de la voiture le plus vite possible. À l’intérieur, des morceaux de mur jonchaient le sol où des dizaines de petits carrelages n’étaient plus à leur place.

Un bruit de pas précipités se fit entendre dans la cage d’escalier. Jérémie eut un petit frisson dans le dos. Ses réflexes, acquis durant les différents conflits, lui ordonnèrent de se cacher derrière les escaliers. Un homme habillé en militaire apparut de dos. Il portait un fusil mitrailleur en bandoulière.

 

« Jérémie, mon ami, sort de ta cachette. Je suis ton contact, Saïd »

 

Le français sortit. Le militaire se tourna vers lui en souriant. Il portait une barbe naissante et de longs cheveux frisés descendant jusqu’aux épaules. Son nom était Saïd. Jérémie l’avait connu par internet, plus précisément sur un forum.

Après les salutations habituelles, Saïd proposa à son ami d’entrer directement dans le vif de l’action en allant voir comment il allait tuer le tireur d’élite de tout à l’heure. Ils montèrent sur le toit de l’immeuble où se trouvait un groupe de cinq rebelles. Tous faisaient très attention à ne pas faire dépasser leur tête au-dessus du muret qui encadrait le toit. Cette attention avait pour but de ne pas se prendre une balle en pleine tête. L’un d’entre eux tenait une petite requête. Après avoir salué Jérémie et clamé la grandeur de dieu à voix basse, l’homme, dont un foulard à carreaux rouges et blancs laissait uniquement voir des yeux pétillants de joie, plaça le projectile dans un mortier posé sur le sol et tourné vers un minaret qui était sûrement le refuge du sniper. À peine la requête enfoncée dans le tube, elle fut projetée vers le bâtiment, dans un fort sifflement. Quelques secondes après, une détonation retentit, accompagnée par des cris pour la louange d’Allah. Saïd se tourna vers son nouveau compagnon et dit :

 

« Bienvenue en enfer »

 

Les jours suivants étaient consacrés au filmage des atrocités faites par l’armée syrienne. Les avions bombardaient régulièrement des écoles pour tuer volontairement un maximum d’enfants. Le but étant de traumatiser la population et par conséquent la dominer de nouveau. De plus, Saïd expliqua devant la caméra que les soldats du gouvernement mettaient volontairement des cadavres de rebelle dans les rivières pour que la population les voie et pleure leurs morts.

 

Au troisième jour du tournage, les deux amis pénètrent en silence dans une cour intérieure fessant partie d’une grande demeure. Les rayons du soleil formaient un magnifique puits de lumière encadré d’ombre. La forte clarté mettait en valeur les minuscules carrelages posés au sol. Des plantes vertes avaient été mises à chaque coin de cette petite place. Lorsqu’on levait les yeux au ciel, on voyait une série d’étages formés par des « gardes fous » devançant des portes et des fenêtres, elles-mêmes protégées par une série de barreaux en métal noir. Au fond de cette tour de vide se trouvait un rectangle bleu uniforme avec, en son centre, un cercle jaune. Une intense chaleur régnait en ce lieu.

Les deux hommes, l’un armé de sa caméra et l’autre d’une kalachnikov, avancèrent prudemment vers une porte située devant eux, pour ressortir derrière la bâtisse. Saïd posa à peine sa main sur la poignée que cette dernière s’abaissa toute seule. Aussitôt, il pointa son arme vers la porte, tout en faisant signe à Jérémie de reculer. Derrière la porte, une voix féminine prononça fermement ces dires :

 

« Je suis une rebelle comme vous »

 

Il ouvrit la porte doucement, tout en continuant à la mettre en joue. Petit à petit, une jeune femme apparaissait à la vue des hommes. Elle portait l’uniforme militaire au complet. Lorsqu’on voyait les plis au niveau des manches de la veste, et du pantalon, on pouvait en déduire qu’elle avait sûrement volé ces habilles d’un soldat de grande taille. Étrangement, malgré sa tenue, une certaine féminité entourait cet être, surtout au niveau de ses mains qui tenaient pourtant un fusil. Ses cheveux se cachaient sous un Keffieh noir et belge. Le fait de ne pas voir sa chevelure mettait en valeur ses yeux bleu foncé. La jeune femme reprit rapidement la parole :

 

« Je m’appelle Chahla. Je suis seule, car tous mes compagnons d’armes sont tombés au combat, tout comme ma famille »

 

Elle prononçait ces mots en se forçant à ne pas montrer ses émotions.

 

« Bienvenue dans notre groupe de combat, Chahla » dit fièrement Saïd.

 

Les jours passés et les combats s’intensifiaient. Le trio menait des actions de sabotage pour mettre en déroute l’armée. Une fois, ils pénétrèrent, durant une nuit, dans un service d’épuration d’eau qui desservait uniquement l’armée. Ils placèrent des explosifs, puis s’éloignèrent du bâtiment. Quelques secondes plus tard, une énorme boule de feu s’éleva parmi la pénombre.

Au même moment de ces actions, Jérémie et Chahla faisaient plus amble connaissance, surtout durant les soirées à la belle étoile, sur le toit d’un immeuble. Ils se retrouvaient toujours seuls au tour d’un feu, car Saïd profitait du calme pour rendre visite à sa famille. Le couple discutait souvent de sujets sociétaires, comme la religion. La jeune femme était favorable à un état laïc. Elle détestait les extrémistes religieux qui voulaient absolument appliquer la charia. Cela signifierait que la totalité des femmes du pays serait réduite en état de « meuble ». Elles n’auraient plus aucun droit et elles seraient obligées de se promener sous une sorte de drap tel un fantôme. La jeune femme voulait, pour son pays, une démocratie laïque comme en Europe.

 

Les jours passés et ce duo se rapprochait de plus en plus. Il appréciait les moments passés à deux. Leur amitié était passée à un stade supérieur, mais ils l’ignoraient encore.

 

Le 25 septembre, Jérémie était sur le point de reprendre la route, direction la Turquie pour prendre un avion afin d’entrer chez lui. Cependant, une petite voix disait de rester, car une nouvelle vie l’attendait. Il vie dans les yeux de Chahla des larmes. Cela le surpris énormément, il l’a connaisse bien à présent. Même le récit de la mort de sa mère ne lui tirait aucune larme. L’homme comprit la situation. Il descendit de son véhicule, puis courus vers la femme pour l’embrasser.

Le soir, après une longue discussion avec sa petite amie et Saïd, notre homme décida de rester en Syrie, non plus pour filmer, mais pour se battre auprès du peuple.

 

Chaque nuit suivante, le couple descendait dans une cave spécialement aménagée pour eux. On y trouvait, au centre, un lit entouré de bougies posées à même le sol. Elles formaient une bulle de lumière dans laquelle les amoureux s’y réfugiaient pour faire l’amour. Durant ces moments, ils avaient la sensation d’être isolés de l’horreur de la guerre. Les hurlements de cette dernière leur paressaient très lointain. Plus rien ne comptait pour eux. Leurs sentiments l’un vers l’autre se matérialisaient au travers de caresses et de baisers.

 

Après un an de conflit, les rebelles prirent le pouvoir et formèrent une démocratie laïque. Le jeune couple se maria en prenant Saïd comme témoin, et eut deux filles.

 

La jeune fille venue des camps d’extermination

La jeune fille venue des camps d’extermination

Des roulottes en bois coloré par des tons très vifs longeaient, sur un chantier poussiéreux et jonché de cailloux souvent expulsés par les grandes roues qui fessaient voltigé la poussière, un lac étincelant au soleil de midi. Cet astre enveloppait ce lieu d’une intense chaleur. L’eau se froissait avec des petites vagues mourant sur des pierres où des têtards réalisaient leurs premiers battements queue, mais au pare avant elles naissaient d’une légère brise d’été qui fessait peu mouvoir les feuilles des arbres bordant le chemin et arborant tout un large éventail de vert très gai. À leur pied, des touffes d’herbes servaient comme abri aux criquets. Ils rendaient le calme totalement inexistant. L’étendue liquide s’entourait, à environ cinquante mètres du rivage couvert de gros cailloux brûlants, de collines peu hautes entièrement submergées par une unique forêt. Parfois, elle se retirait pour cause d’un ancien éboulis.

Parmi ces gitans se trouvait une jeune fille assise sur l’avant d’une roulotte possédant un toit vert et tirée par un cheval de trait, plus précisément un Ardennais. On pouvait estimer son âge à une vingtaine d’années vu son visage juvénile qui reflétait le calme, mais s’endurcissait avec des traits légèrement masculins. Sa tête, un peu trop allongée, s’entourait d’une chevelure frisée couleur noir corbeau descendant jusqu’au milieu du dos telle une cascade agitée. Elle possédait des yeux marron lançant un regard confiant et animé d’une grande joie de vivre, comme si elle avait vécu l’enfer.

En effet, Sarah, la jeune femme, venait de vivre trois ans dans camps d’extermination au fin fond de l’Allemagne. Durant la première année, ses parents vécurent en sa compagnie avec une cinquantaine d’autres détenus sous le même toit, dans des conditions de vie totalement insalubre. L’exemple le plus significatif étant certainement les cinq seaux servant de toilette.

Pendant une journée hivernale, sa mère et son père furent amenés au four crématoire, car les soldats nazis avaient eût l’ordre de libérer des places pour les nouveaux arrivants. Sarah dormait encore quand cela arriva. À son réveille, elle comprit immédiatement la situation et transforma aussitôt sa tristesse en carapace en but de se protéger de son environnement, si bien que, le jour où les nazis vinrent la chercher pour lui faire pendre sa dernière douche, elle proposât ses services charnels. Évidemment, les hommes acceptèrent, car cela faisait trois mois qu’aucun rapport sexuel avec une femme ne leur fut proposé (dans les moments pareils, les hommes oublient facilement leurs idéaux). Grâce à ce fait, la fille évita durant deux ans la mort en se prostituant, non pas par raison pécuniaire, mais simplement pour prolonger sa vie de quelques semaines. Parfois, elle devait subir des viols collectifs plusieurs fois en une seule journée, entre les murs des bureaux des officiers. Durant les jours extrêmes, les responsables du camp fessaient intervenir des chiens ou des objets insolites. Chaque fois, Sarah partait dans des mondes imaginaires pour diminuer sa douleur physique, mais surtout mentale. Le plus souvent, son univers se voulait être une forêt tropicale parmi lesquelles elle se promenait en compagnie divers animaux. La jeune femme discutait logement avec eux au sujet de la sauvagerie des êtres humains.

Par ses pratiques, l’adolescente attira rapidement la colère des autres détenus qui essayaient de faire de même avec leur corps, même les individus masculins. Leurs efforts restaient vains, seule Sarah détenait, grâce à sa beauté naturelle, ce rôle lui offrant nombreux privilèges, comme le fait de pouvoir prendre plus de douches ou d’avoir un peu plus de nourriture.

En 1945, l’armée américaine libéra le camp. La jeune femme libre décida de sillonner la France en compagnie d’un groupe de gitans.

 

Elle admirait le lac entre les troncs d’arbres, en profitant au maximum de l’instant présent, au travers de petits moments plaisants, à l’identique de la population française qui sortait tout juste de six horribles années rythmées au vacarme des bombardements, à la vue des cadavres déchiquetés par les mitrailleuses, aux arrestations sommaires et à la famine. Concernant ce sujet, de son côté, après sa libération, notre héroïne prit vingt kilos en redécouvrant le plaisir gastronomique. Sa silhouette trahissait se fait. Cependant, le détail le plus révélateur était certainement son corset rouge en dentelle qui possédait un décolleté très bien rempli, même trop vu que la partie haute des seins passait au-dessus de la limite du vêtement. Ses jambes se dissimulaient sous une longue robe noire décorée par une grosse rose rouge située au centre.

 

Le petit groupe arriva sur la place principale d’un petit village pittoresque typique au sud de la France. Par chance, aucun dommage durant la guerre ne l’avait défiguré. L’endroit où ils se trouvaient s’encadrer de platanes offrant une ombre fraiche aux éventuels joueurs de pétanque appartenant tous au troisième âge. Une petite église blanche se dressait à l’extrémité. Tout était si calme, seuls les oiseaux osaient perturber la période de la sieste respectée par tous les vieux du village. Ce moment de la journée mettait le temps à l’arrêt : les ruelles étaient vidées de leurs activités, les magasins baissaient rideau, les terrasses des cafés offraient des terrains de jeux à des chats libres accompagnés par une légère brise. Et, si par hasard ou plutôt par chance, on rencontrait un individu au détour d’une étroite rue, l’impression que nous aurons ce serait de voir une femme ou un homme totalement apathique pour cause de forte chaleur.

Aussitôt, les chevaux à l’arrêt, la moitié des personnes de sexe masculin monta la scène pour les futures représentations et l’autre moitié s’occupa des animaux. Pendant ce temps, les femmes préparaient le repas dans une roulotte prévue à cet effet. Une heure après, tout le monde se rassembla au centre de la place, en formant un large cercle composé uniquement par des musiciens hommes. Les dames s’exerçaient, au centre, à leur danse traditionnelle pour les différents spectacles à venir. Sarah dansait à part du groupe, dans une sorte de transe lui faisant fermer les yeux et sourire à peu bêtement comme si elle était simple d’esprit naturellement ou artificiellement. Ses mouvements gracieux trouvaient existence dans la lenteur même.

Non loin de là, un jeune homme habillait d’une chemise à carreaux rouge et d’un jeans délavé revenait de la pêche. Il portait une casquette grise et blanche à six côtés, avec une courte visière. Elle était en équilibre sur une touffe de cheveux bruns mal peignée. Son visage juvénile portait une fine barbe parsemée sur les joues gonflées par un surplus de nourriture, et autour d’une bouche un peu plus grosse de la moyenne. Pierre n’avait que seize ans, mais sa taille lui en donnait au moins vingt. Cette particularité était propre à sa famille qui était les seuls fermiers de la région. Les habitants du coin n’hésitaient pas à faire plusieurs kilomètres pour acheter diverses denrées alimentaires totalement naturelles, évidemment. Le père, un homme possédant une musculature digne d’un bœuf, travaillait chaque jour été comme hiver aux champs, pendant que sa mère, une petite grosse femme aux cheveux courts et frisés portant uniquement de longues robes à pièce unique très large et recouverte d’un tablier blanc immaculé de taches de sangs d’animaux, s’occupait avec son fils des bêtes.

Pierre, le jeune homme, était timide. À l’école, la solitude l’accompagnait toujours, non pas par obligation, mais par volonté. Il s’amusait avec la nature en l’observant, en l’apprenant et en la protégeant. Quelques filles l’avaient déjà fait chavirer son cœur. Chaque fois, il n’avait pas osé aller les voir pour faire leur connaissance. Cependant, depuis à certains temps, il se sentait attirer de plus en plus par eux, surtout par l’envie de les toucher, de les caresser et de les embrasser.

En montant la pente menant à la place, Pierre vit Sarah en train de danser. Tout de suite, une chose non habituelle se passa en lui. Il la trouva très belle dans sa longue robe blanche qui mettait en valeur son teint brun, tout en cachant ses formes. Il resta dix minutes à l’observer d’un air rêveur. Puis, reparti en direction de la demeure familiale.

 

Le jeune homme arriva devant une ferme organisée au tour d’une cour intérieure devancée par une arche taillée dans un mur en pierre rouge. Une terre sèche et complètement craquelée pour cause de grande sécheresse couvrait le sol, tout comme les nombreuses fientes provenant des poules et des coques qui se promenaient selon leur grès.

Le jeune homme quitta l’odeur des animaux pour la senteur d’un ragoût de carotte préparé par sa mère en hâte, entre deux nettoyages d’étable. La cuisine était décorée par des photos en noir et blanc d’un jeune homme à peine plus vieux que Pierre.

« J’espère que tu as pris plein de poisson »

« Oui maman, vingt-cinq belles truites »

« Magnifique mon fils, j’irai en vendre demain aux bohémiens. Au fait, à propos d’eux, ce soir, lorsque ton père revendra des champs, on ira voir leur représentation pour nous détendre un peu »

La joie ressentît par Pierre figea un bête sourire sur ses lèvres. La femme surprise, car cela fessait des années qu’elle n’avait pas vu son fils heureux, s’exclama :

« Mon fils, ça va ? Tu as l’air tout con, d’un coup »

« Suis juste content pour ce soir »

Le garçon passa son après-midi à s’occuper des vaches comme d’habitude. Cependant, cette fois, l’attention ne paraissait pas être au rendez-vous à cause d’une inconnue danseuse monopolisant son esprit échauffé d’adolescent désireux de coucher avec une fille.

 

Le soir venu, la famille se rendit sur la place du village décorée pour l’occasion avec des guirlandes électriques à grosses ampoules blanches reliant les arbres de chaque côté du lieu, créant ainsi un plafond lumineux sous lequel été disposé devant une scène des bancs en bois pour les spectateurs déjà nombreux. Il régnait une atmosphère festive au travers d’une agréable odeur mêlant la pomme d’amour, la barbe à papa et les diverses friandises. Même les criquets s’invitaient au rendez-vous par leur chant caractéristique du sud de la France.

Pierre posa à peine ses fesses sur le banc du dernier rang qu’une petite explosion retentit au centre de la scène, produisant une opaque fumée blanche servant à faire office de rideau éphémère pour l’apparition d’un homme moustachu au charisme artificiel et sur joué. Il incarnait le rôle de présentateur pour les différents numéros de la soirée réalisés par les saltimbanques composés d’acrobates, de jongleurs, de cracheurs de feu, et de clown. Puis, vient le tour des danseuses accompagnées par leurs musiciens installés à gauche de la scène pour laisser toute la place aux femmes. Évidemment, Sarah était présente. Elle tourbillonnait, sautillait et valsait avec légèreté et grâce.

Pierre n’avait d’yeux que pour elle. Il admirait sa féminité, tout en imaginant être à ses côtés. À la suite du spectacle, l’adolescent décida de prendre son courage à deux mains et d’aller rencontrer la jeune bohémienne pour faire sa connaissance. Il se présenta face à sa roulotte, gravit les trois marches, puis frappa à la porte. En redescendant le petit escalier, la porte s’ouvrit et en relevant la tête, il la vit se tenir sur le seuil de la porte. Derrière elle, on apercevait des bougies posées sur une commode. Sarah pris la parole :

« Bonjour jeune homme, c’est pourquoi ? »

« Je vous ai vu danser et je vous ai trouvé très belle donc je souhaite faire votre connaissance »

« Merci pour ce compliment, mais ne me vouvoie pas, car cela me vieillit. Rendre donc, on va boire un verre »

Sarah parlait d’une voix grave, non pas comme un homme, car il avait toujours une grande féminité parmi sa voie, mais plutôt comme une chanteuse de jazz. Cette particularité lui donnait un côté suave.

Les deux jeunes personnes rentrèrent dans la roulotte fortement décorée avec des dessins de grosses fleurs multicolores. Ils s’assirent sur une banquette encadrant une table où était posée une bouteille de vin rosé à moitié vide. D’abord, la discussion eut pour sujet les présentations simples, puis vient le tour de leur passé pour tant court, mais si chargé, on pouvait dire qu’ils ont vécu une vie entière en quelques années seulement. Ce moment plaisant se termina vers une heure après minuit par la promesse faite par Sarah de revoir Pierre, le lendemain.

 

La semaine commença par un premier baiser sur la bouche au cours d’une promenade autour du lac. C’était le premier la première fois pour Pierre, cela lui fit sentir homme.

Les jours suivants se résumaient pour la femme comme suit : balades main dans la main, répétitions et représentations. Le vendredi matin, Sarah donna rendez-vous à son petit ami au bord du lac sur le ponton à vingt-trois heures.

 

Pierre arriva à l’heure dite devant le ponton où Sarah l’attendait habillée uniquement d’une longue robe blanche et d’une paire de grosses chaussures noir montant jusqu’au milieu de ses mollets. Malgré la nuit, qui apportait quelque chose un peu féérique au travers des centaines de lucioles illuminant le lac et des grenouilles répondant aux criquets dans une symphonie improvisée, le jeune homme aperçût que sa copine ne portait rien en dessous de sa fine robe. Il avança vers elle tout en se concentrant, pour se calmer, sur la nature endormie non pas seulement par l’heure tardive, mais également par la chaleur qui était encore étouffante malgré l’absence du soleil. Sarah comprit, aux premiers mots de Pierre, que ce dernier subissait un grand stress sûrement à cause ce qu’il allait se passer. Elle lui proposa d’enlever ses chaussures afin de tremper leurs pieds tout en discutant de choses et d’autres. Après dix minutes de dialogue ennuyeux, notre héroïne se leva, et d’un geste d’une fluidité presque surnaturel enleva sa robe. Ensuite aida Pierre, qui semblait être complètement stupéfait par la rapidité de la scène, à se mettre debout à son tour. Le garçon ne servait pas quoi faire face à tant d’inconnu. Une ferme poitrine généreuse lui donnait envie de les prendre en plaine et de retrouver des sensations connues lorsqu’il avait cinq ans. Sarah comprit son envie grâce à son regard soutenu. Elle avança, pris les mains masculines, puis les plaça délicatement sur ses seins en disant :

« N’ai pas peur, fait ce que tu as envie »

À ces mots, Pierre prit les deux seins en même temps, et les palpa comme quand il le fessait avec un fruit pour voir sa maturité. La fille se mordit distraitement sa lèvre, empêchant ainsi un léger rire moqueur de sortir et, par la même occasion, de frustrer le jeune homme effectuant de son mieux malgré le fait qui se sentait gêné, car une forte pression déformait son pantalon au niveau de sa braguette. Cette pression, il la connaissait bien. Chaque fois qu’il rêvait d’une femme en maillot de bain, elle venait le perturber dans son sommeil, puis lui donnait un bien-être sans semblable, et finalement lui mouillait son pantalon de pyjama. À cette pensée, Pierre s’empressa de dire avec une certaine gêne dans la voie :

« Quand mon pénis est tout dur, comme en ce moment, je finis toujours par pisser et je ne veux pas le faire sur toi »

« Gros bêta ! Ce n’est pas de la pisse, c’est du sperme »

« C’est pour faire les bébés ? »

« Exactement »

« Mais, on va être parents ? »

« Non, ne t’en fais pas, je prends des potions pour ne pas être enceinte »

Sarah retira la chemise avec grande difficulté pour cause de raideur. Elle cola sa poitrine sur son torse nu, tout en l’embrassa langoureusement sur la bouche et dans le cou. Le garçon était gêné avec ses mains, il ne servait pas où les mettre, une fois sur le dos, une fois sur fesses rebondies, mais pas trop longtemps de crainte de mouiller son pantalon.

Sarah abaissa en même temps le jeans et le slip. Aussitôt, un pénis tendu au maximum vint rebondir sur le bas ventre du garçon, en produisant un très léger bruit, à peine audible. La jeune dame pensa, dans un premier temps, à pratiquer une fellation, mais elle se ravisa en réfléchissant que pour son compagnon c’était sûrement sa première relation sexuelle, et donc, elle allait avoir une mauvaise surprise. La gitane demanda à l’adolescent de s’allonger sur la couverture qu’elle venait d’installer au bout du ponton.

Une heure plus tard, le nouveau Pierre était étendu dans son lit rêvant déjà d’un magnifique mariage.

 

Le lendemain matin, vers huit heures, Pierre se rendit, comme chaque jour de la semaine, sur la place du village pour rendre visite à sa bienaimée. Cependant, cette fois, une mauvaise surprise l’attendait. En effet, les gitans étaient en train de démonter la scène et d’attacher les chevaux aux roulottes. Le jeune garçon avança d’un pas assuré vers Sarah qui rangeait ses vêtements dans grosse male en cuir marron. À sa vue, elle se sentit gêné et décida de prendre les devants :

« Bonjour Pierre, vient dans ma roulotte, on doit parler »

« Oui, je te comprends, ce n’est pas facile pour toi de quitter tes amis. Cependant, j’ai une surprise, tu peux venir vivre chez mes parents, ils sont d’accord »

Sarah sourit timidement.

« C’est très gentil. Cependant, je n’ai aucune envie de quitter mon groupe, c’est ma famille »

« Pas problème, je viens avec toi. Laisse-moi juste le temps de pendre mes affaires »

« Tu es mignon ! Pierre, tu es un garçon adorable et je suis sûr qu’un jour, tu trouveras une fille digne de ton amour, car pour moi, tu étais seulement une aventure amoureuse d’une semaine, comme les autres hommes que j’ai rencontrés dans d’autres villages, à la différence près, tu es nettement plus respectueux que les autres. Quand je reviendrai ici, viens me voir, on passera encore de bons moments ensemble »

« Je croyais qu’on allait se marier »

Sarah émit un léger rire.

« Cette réaction est normale, car je suis ton premier grand amour. Ne t’inquiète pas, un jour, tu trouveras ta femme. À présent, il faudrait mieux que tu partes, car les séparations les plus courtes sont les moins douloureuses »

Sans même laisser Pierre répondre à cette douloureuse phrase, Sahara partit s’enfermer dans sa roulotte, évitant ainsi une longue confrontation avec son ex temporaire petit ami. Ce dernier resta seul au milieu de la place, complètement abasourdi par la rapidité de la scène qui venait se passer et où il était un simple spectateur. Tout se mélangeait dans son esprit : plus d’avenir, plus de mariage, retour à sa solitude et… il courut en larmes vers sa maison, complètement perdu. Son sang cognait sur ses tempes, ce qui lui donnait un mal de crâne épouvantable accentué par la luminosité du soleil qui fessait briller ses larmes sur ses joues rougies par l’effort physique. Il ne réfléchissait même plus, il voyait juste ses rêves brisés. Un rêve certes absurde pour n’importe quelle personne hors de cette scène, mais tellement réel pour Pierre qui n’avait jamais connu l’amour auparavant et qu’aucune fille ne s’était intéressée à lui. En seulement une semaine, une femme lui avait fait découvrir le monde du « couple » avec toutes ses sensations, aussi bien sensuelles que sexuelles.

Il arriva à la ferme où sa mère ramassait les fientes de poules pour ensuite s’en servir comme fumier. Le garçon se dirigea vers une grange servant à entreposer le foin. Monta à l’étage le plus rapidement possible, car sa génitrice le suivait pour avoir plus d’informations, même si elle pensait savoir l’origine de la tristesse de leur fils. Dès que Pierre arriva sur le plancher, il ferma à clef la porte derrière lui, puis poussa contre cette dernière un énorme sac de grain.   À peine cinq secondes plus tard, sa mère tambourinait en criant :

« Ouvre-nous, ne fais pas de bêtise pour une fille qui ne mérite pas ton amour »

Être deux sanglots, Pierre leur répondit :

« Comment tu le sais que c’est à cause de Sarah ? »

« Moi et ton père, on a été jeune avant toi, on a eu également des déceptions amoureuses donc on sait que c’est très douloureux, mais on arrive toujours à surmonter ce mauvais moment avec le temps, fait nous confiance. À présent, ouvre-moi la porte s’il te plaît »

La femme eut comme réponse une série de sanglots.

L’homme effondré avança sur des planches craquantes vers le côté sans mur de la pièce qui servait à faire monter les ballots de paille à l’aide d’une poulie et d’une corde. Cette ouverture donnait sur des champs de lavande entre coupés par des pelouses brûlées par le soleil. Il plaça ses pieds au bord du vide et regarda le sol qui se trouvait à vingt mettre en dessous de lui. Les pleures redoublèrent à quel point cela ressemblait à de la folie qui déformait son visage en lui fessant faire des grimaces ridicules. Folie, oui, car il ne pensait plus, il voyait uniquement sa rupture, sa fin de sa courte de vie de couple, et une seule question accaparait son esprit : pourquoi continuer de vivre sans elle ?

Pierre mit son poids vers l’avant, en disant à voix basse cette phrase :

« Sarah, je t’attends là-haut »

Son visage heurta violemment, en produisait un bruit semblable à l’éclatement à une grosse pastèque, la dalle de béton qui se trouvait en dessous et qui fessait face à une pelouse. Elle se fit éclabousser par des jets de sang ce qui eut pour effet de créer des gouttelettes rouges aux côtés des perles de rosée. Cet ensemble de perles brillait au soleil. Pierre formait une croix parfaite, car les jambes étaient droites et serrées l’une contre l’autre, et les bras s’écartaient du corps. Une mare de sang s’était formée autour de sa tête tournée face contre terre, donnant l’impression d’être enfoncé dans le béton. La mère accourut à ses côtés, puis s’agenouillât auprès du corps inerte en pleurant.

 

À moitié dissimulée derrière le mur d’entrée de la cour, Sarah regardait avec des yeux remplis de joie la scène pour temps terriblement tragique. Elle prenait un grand plaisir à voir Pierre mort, ou tout au moins en train de mourir, comme face à un très beau paysage. Elle devait effectuer un effort permanent pour ne pas s’approcher de la scène pour voir plus de détails et ainsi augmenter son plaisir tellement malsain pour une personne hors de son passé. En effet, les viols subits l’avaient fait haïr tous les hommes et par conséquent à se venger. Cependant, comme elle était maligne, elle n’avait pas opté pour le meurtre avec application directe, mais pour une assistassions au suicide indirect. Pour se faire, chaque fois qu’elle arrivait dans un nouveau village en compagnie de sa troupe, elle repérait rapidement un adolescent isolé et fragile psychologiquement, puis le draguait et se mettait en couple avec pour enfin se séparer de lui et le faire souffrir jusqu’au suicide. Généralement, le final était plus long à venir (elle devait revenir quelques jours après sa rupture pour contempler son travail), mais elle savait très bien qu’avec Pierre, cela allait être nettement plus rapide qu’en temps normal, car l’adolescent était encore fortement attristé par la mort de son grand frère durant la guerre.

Sarah partit tout sourire avant l’arrivée du médecin, laissant derrière elle, une onzième famille dans un deuil matinal.

 

Par la suite, Sarah continua sa tournée meurtrière jusqu’à sa vingtième victime, dans un village du nord de la France où elle trouva une compagne de son âge nommée Émilie et qui avait également subi des viols durant la guerre. Peu de temps après, elles décidèrent d’enlever un garçonnet de quelques mois pour l’élever loin de la civilisation dans les Pyrénées. Leur éducation se concentra uniquement sur le respect des femmes. Comme cela, elles espéraient créer une génération d’hommes parfaits, ou plutôt des « hommes-femmes ».

voyage à l’est

voyage à l’est

Un courent d’air glacial réveilla le dormeur en le fessant frissonner malgré les nombreuses couvertures faites de plume d’oie. Vers dix heures du matin, Aaron s’installa près de sa fenêtre, laissant vagabonder son esprit au travers des différents paysages hivernaux. Le point redondant à ces tableaux était les immenses pâtures recouvertes d’un manteau neigeux ondulé cachant toute végétation à la vue des quelques vieux chevaux errants de manière hagarde. Des ruisseaux totalement glacés parcouraient ces étendues. Les arbres nus, servant de reposoir à quelques corbeaux qui se dressaient fièrement, frissonnaient dans l’air glacial. Sur les bords des routes, le train croissait quelquefois une dame âgée tirant une veille charrette débordant de paille noircie par l’humidité provoquée par la fonde des neiges. Les femmes portaient toujours une longue robe fleurie grossièrement assortie à leur foulard qui cachait souvent une chevelure non uniforme entourant un visage façonnait par le temps, arborant un sourire édenté malgré leur pauvreté écrasante. Le haut du corps se dissimulait derrière une grosse doudoune multicolore. Malheureusement, les nouvelles technologies n’avaient ni supprimé ni endigué la misère.

Un amour éternellement éphémère

Un amour éternellement éphémère

Une jeune femme buvait une vodka glacée parfumée par des feuilles de menthe flottant sur le liquide transparent comme des radeaux au milieu d’icebergs blancs qui se suivaient lentement dans un mouvement circulaire. Elle rêvassait au sein d’un bar à thème, dont le plafond en voute se couvrait avec des petites briques rouges, il retenait prisonnier une étouffante fumée grisâtre venant des nombreux fumeurs de cigares comme durant les années trente, à l’époque où les gangsters s’enrichissaient en exploitant la prohibition. Cette dernière phrase n’appartient pas au hasard, car l’endroit transportait chaque client parmi cette période historique, au travers d’une atmosphère se matérialisant par l’intermédiaire des différents objets décoratifs comme ce « Tomy gun » accroché au mur en dessous d’un portrait d’Al Capone. Le personnel s’habillait en costume sombre cravate blanche, assortis de deux touches d’élégance supplémentaires, étant un chapeau noir agrémenté par une large bande blanche jusqu’au-dessus d’une courte visière, et une paire de derbies luisants à la lumière des lampes murales tournées vers le haut, servant à éclairer faiblement l’endroit. La salle se voulait d’être étroitement allongée, le comptoir et les chaises autour des tables rondes laissaient une place restreinte permettant une circulation difficile des clients. Ces personnes se déplaçaient, soit du côté de la sortie formée d’une porte vitrée entourée par de larges fenêtres laissant entre voire la nuit, soit vers deux battants en bois renfermant les toilettes, sur un carrelage couleur corbeau. Il reflétait le monde à l’identique d’un miroir. Derrière le long bar en bois massif, on admirait, devant une immense glace couvrant l’ensemble de la paroi, un important assortiment composé par des bouteilles multicolores d’alcool venant du monde entier. Toutes se dressaient sur des étagères très bien ordonnées. Le monde sonneur se partageait entre les murmures des clients et une musique jazzique.

À présent, le décor semble posé, en conséquence, nous pouvons revenir à notre personnage principal. Cette jolie jeune demoiselle, haut en couleur au travers d’habilles trop longs et trop larges par rapport à sa petite taille, ajouté à cela, des cheveux orange formant des Dreadlocks et attachés en chinon, retenu par crayon gris, se prénommait Alice Sweetman. Elle se chaussait avec des baskets rouges fermées par d’épais lassés jaunes enfoncés dans les chaussures, de chaque côté du pied protégé du froid grâce à de basses chaussettes blanches. Son doux visage, légèrement trop rond, surtout au niveau du menton, et marqué par des fossettes creusant ses joues, inspirait le rêve entraînant la création artistique, plus précisément, la peinture. En effet, elle se voulait être une peintre depuis trois ans et exposé régulièrement parmi la région, New York. Ses yeux bleus, qui cachaient par leur beauté deux étroits sourcils, lançaient des regards remplis de tendresse mêlés à un soupçon d’une naïveté presque enfantine. Le nez, de forme camuse, embellissant son charme en accentuant son air puéril, semblait être en parfaite harmonie avec une bouche très mince et sans maquillage, tout comme le reste du visage à peau lice, adoptant une couleur blanchâtre. Un petit dimant blanc brillait, de temps en temps à la lumière artificielle, sur le haut de chaque oreille parfaitement dessinée. La fine main, qui tenait le verre rond sans pied dont des petites plissures très serrées décoraient le bas (cet objet lui fessait remémorer des souvenirs concernant sa grande mère décédée), portait trois bagues discrètes offertes respectivement par sa mémé, sa sœur et sa mère. Ces bijoux arboraient le coloris bleu nuit, seule leur forme les différenciait. La première représentait deux serpents s’entrelaçant, la deuxième symbolisait un dauphin en train de sauter et un simple agneau constituait la troisième. L’autre main s’embellissait d’un très fin tatouage floral longeant le petit doigt.

Alice enfila son long Trench blanc qui lui arrivait au niveau des genoux et fermé par une légère ceinture au niveau de la taille, puis se dirigea vers la sortie, d’un pas lent. Boutonna, à l’aide d’une main ferme, le haut de son manteau pour affronter les éléments naturels qui se déchainaient à l’extérieur, au sein d’une nuit profonde.

 

Aussitôt que la porte fut ouverte, le vent lui lança, au visage, des gouttes d’une pluie glacée. La jeune fille essayait de se protéger en mettant son bras devant sa tête. Prit l’itinéraire menant à son studio se situant à quelques immeubles du bar. Sous cette tempête, Alice se sentait toute petite et faible comme un insecte au milieu d’un monde de géant. De plus, ce ressentît était accentué par les très hautes tours d’acier qui l’entourée.

Une marée humaine, formée par des individus souvent seuls sans qu’ils le sachent, et voyageant dans leur propre bulle isolante, la bousculait tel un vieux radeau sur un océan déchainé. Notre héroïne les observait régulièrement afin de trouver l’inspiration pour ses tableaux. Elle les voyait comme anormaux du fait qu’ils étaient tous prisonniers de leur quotidien en oubliant de vivre simplement.

Le froid engourdissait ses membres tout en lui donnant envie d’être sous sa couverture bien au chaud face à une série télévisée.

Elle arriva au pied de son immeuble, composa le code de sécurité, puis entra le plus vite possible en but de se mettre à l’abri et par conséquent se réchauffait à l’aide d’une agréable douche.

 

Mademoiselle sweetman sortit d’une salle de bain enveloppée de brume, en boxeur à fleurs associé à un t-shirt moulant jaune ayant des manches très courtes s’arrêtant jusqu’en dessous des épaules. Cette légère tenue lassait apparaitre chaque forme de son corps. Ses courtes cuisses rondelettes mettaient en mouvement ondulatoire une paire de fesses rebondies, elles dépassaient légèrement de leur habitat. Le bas de cette moitié corporelle se terminait par des pieds très féminins qui laissaient des demi empruntes de pas (elle marchait sur la pointe) humide sur le parquet imitation bois claire. Des vaguelettes graisseuses déformaient ses sous-vêtements, au niveau des hanches et du ventre. Un petit décolleté laissait transe paraître une poitrine très ferme, de taille un peut au-delà de la moyenne et formant un agréable chemin naturel. À présent, que sa chevelure fut détachée, elle lui descendait jusqu’à bas du dos. Une traîné, parfumée au shampoing senteur abricot, se mouvait lentement derrière elle, tout en laissant une légère atmosphère d’une île paradisiaque perdue dans une mer transparente remplie de poisson multicolore plus beau les uns des autres, ce corridor invisible voguait au sein des vapeurs de peinture. La pièce principale se divisait en deux parties. À gauche, on pouvait voir une cuisine totalement ouverte dont une table de cuisson permettait de prendre un bon repas. De l’autre côté, Alice avait installait son atelier rempli de chevalier et de toiles respectant des tailles très variées. L’ensemble de la salle revêtait un style contemporain où le « noir et blanc » dominait largement les autres couleurs, cela donnait l’impression d’être dans une veille industrie. De plus, les murs laissaient apparaître des briques rouges séparées par de larges joints gris, tout comme les anciennes distilleries. Ce thème tranchait nettement avec l’apparence d’Alice, peut être que cela était dû à son passé ?

La pluie, frappant le toit fait d’un verre totalement transparent, coulait sur les vitres formant ainsi des vaguelettes qui se laissaient couler à vitesse régulière jusqu’à se transformer en filet d’eau se jetant parmi le vide. Cette dame triste jouait une douce musique naturelle ayant le don d’endormir certaines personnes. Cette mélodie ne garda pas à se cacher derrière des chansons interprétées par la jeune Yaele Naime, ces notes fessaient apparaitre imaginairement une forêt tropicale remplie de chants d’oiseaux, en ce lieu. Quelques bougies posées à même le sol diffusaient la lumière ambiante, cette luminosité était tellement tamisée que chaque objet s’occultait derrière leur ombre. Ce fait s’avérait inexact au niveau de l’atelier improviser, les petites flammes jeunes dansaient en plus grand nombre, permettant d’éloigner l’obscurité, formant ainsi un halo lumineux couleur feu, il effectuait des petits sauts très rapprochés comme un ressort en fin de course.

Après un soupé rapide composé d’une simple soupe à la tomate fortement poivrée, Alice s’installa sur un tabouret en bois face un tableau presque fini, représentant un homme, portant un long manteau crème, sous un arbre façonné par l’automne. Il s’appuyait sur le tronc à l’aide d’une seule main dont les doigts étaient fortement écartés. La deuxième se plongeait dans une poche profonde. Ses yeux posaient un tendre regard amoureux sur sa créatrice, cela peut nous laisser à penser que cet individu représentait l’homme des rêves d’Alice. Une personne regardant cette toile aurait tout de suite vu un charme naturel dégagé par ce monsieur Snow (nom également donné à cette nouvelle œuvre).

Au bout d’une heure d’un travail minutieux et passionné, la jeune artiste ressentit l’effet de la fatigue sur son corps. Chaque détail du personnage principal se posait sur la toile, seul le décor demandait à être peaufiné. Posa son pinceau rempli de gouache couleur peau légèrement brunie au soleil, puis se dirigea vers sa chambre d’un pas traînant. Lorsque, derrière elle, un faisceau lumineux éclaira fortement la pièce comme si le soleil venait se lever subitement. Pivota lentement ressentant une crainte angoissante. Il était là, face à elle, en chair et en os.

Aaron devint une réalité en quelques secondes. Alice n’en croyait pas à ses yeux, son amour imaginaire avait sauté une barrière ou un mur, voir peut être une muraille, pour atterrir dans notre monde.

Durant plusieurs minutes, notre jeune femme se cru totalement folle, folie qui lui provoquait des hallucinations visuelles. Je pourrai essayer de commencer une conversation, pensa-t-elle. Cependant, que dire à une personne venant juste de sortir de son propre tableau, en pleine nuit ? Il me regarde en souriant tendrement, m’enveloppe dans son regard protecteur en formant une bulle isolante autour de nous et m’obligeant à le regarder sans cesse. Sa personne remplit la pièce, effaçant presque ma personnalité.

Alice le connaissait, car il naquit en son esprit. Peu à peu, sa crainte disparue et la situation devenue normale, voir même habituelle vu que la jeune possédait comme passe-temps les voyages imaginaires, c’était juste un peu plus real d’habitude. Le couple commença à s’embrasser tendrement au sein d’une douce pénombre, leur ombre s’entremêlait formant ainsi plus qu’une qui vacillait sur les murs. Cette danse dura plusieurs longues minutes, puis décidèrent, par un simple regard, d’aller se promener main dans la main sous les forces naturelles.

Le couple flânait sous la pluie en se tenant par la taille comme un jeune couple de lycéens ayant une mentalité puérile, car ils sautaient dans toutes les flaques d’eau qu’ils croissaient, tout en éclatant de rire bruyamment, à telle point que tous les passants se retournaient sur eux avec un air légèrement apeurer comme s’ils étaient face à la folie. Au tour d’eux, les lumières électriques, provenant des vitreries luxueuses, repoussaient la nuit, sur le passage des noctambules agacés par un vent porteur d’une pluie soutenue faisant grimacer leur visage dégoulinant. Monsieur Snow et Alice ne faisaient aucune attention aux intempéries, ils voyageaient parmi leur monde où la communication s’effectuait uniquement par l’intermédiaire des regards. Un silence rempli d’émotion complaît le vide se trouvant en le peu d’espace les séparant.

La promenade fut terminée lorsqu’ils revinrent à la demeure. Montèrent se réfugier, se déshabillèrent le plus rapidement possible, puis fessèrent l’amour toute la nuit.

À leur réveil, le soleil levant inondait, de sa lumière orangée, la pièce rythmée par une lenteur propre à un début de matinée d’automne. Trois moineaux gris sautillaient sur le toit, ils ressemblaient à des petites boules de plumes chantant avec un bonheur guidé par leur insouciance.

Le couple se leva nu, se plaça devant le tableau dépourvu de l’homme, puis s’enlacèrent une dernière fois avant d’une lumière bleue les enveloppa pour forger leur amour à jamais sur la toile.