Un amour sur un fond de liberté

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Jérémie fermait sa dernière valise posée sur son lit. Dans trois heures, il prendra un avion pour se rendre en Turquie, puis en Syrie afin de réaliser un reportage sur les rebelles. En effet, notre héros travaillait comme journaliste dans un grand éditorial parisien. Il adorait s’imager au sein des conflits en but de récolter un maximum d’informations et ensuite d’écrire un dossier ou parfois un livre. Il avait couvert une dizaine de guerres au périple de sa vie. La peur de mourir ne l’empêchait pas d’exercer son métier, car il ne possédait aucune attache ni familiale ni sentimentale. Il n’éprouvait pas d’envies suicidaires, mais le jeune homme pensait que lorsque la solitude nous accompagne, on possède le droit de jouer avec la mort, si c’est pour une bonne raison. De plus, le fait d’éclairer les parts d’ombre des guerres actuelles était, selon lui, le meilleur moyen (à son échelle) d’aider les peuples opprimés.

Le journaliste pénétra dans sa salle de bain pour se raser. Il se regarda quelques secondes dans une glace située au-dessus du lavabo. Son visage était rond, tout comme ses lunettes qui lui donnaient un air de « premier de la classe ». Sa coupe de cheveux accentuait ce sentiment. Elle était composée principalement d’épis blond très foncé. Ils partaient dans tous les sens. Leur faible longueur ne rendait pas cette coiffure ridicule, elle donnait simplement un air nonchalant au personnage qui possédait une silhouette très fine. Seuls, ses yeux apportaient une touche de charme. Ils se coloriaient d’un bleu fort clair.

Il sortit de la salle de bain pour faire une dernière vérification avant de partir (durant ses absences, la voisine d’en dessous s’occupait de son appartement gracieusement).

La pièce principale trouvait sa lumière naturelle au travers d’un toit en verre de forme triangulaire. À ce moment de la journée, le soleil inondait l’endroit d’une déclinante lumière orangée. Tout semblait être au ralenti, comme le calme avant une tempête, ou plutôt avant l’apocalypse. La pièce regroupait le séjour, la salle à manger, la cuisine et la chambre à coucher en mezzanine . La nudité des murs laissait voir des briques blanches séparées par de larges joints gris clair. Cet élément décoratif se mariait très bien avec le thème de l’appartement qui se voulait être : « loft new -yokais ». Trois étagères en fin métal noir proposaient, à la vue de chacun, des dizaines de livres sur le thème de la science-fiction. Quelques tableaux d’art abstrait apportaient un peu de couleur à cet environnement. Un parquet clair couvrait le sol.

Jérémie prit sa grosse valise et ses billets d’avion sur le petit meuble d’entrée. Monta dans un taxi et partit direction l’aéroport « Charles De Gaules ». Il avait hâte d’être sur place pour commencer son travail.

Son avion atterrit en Turquie, puis il prit la direction de la frontière syrienne en jeep. L’aventurier emprunta uniquement des petites routes poussiéreuses afin de ne pas attirer l’attention. La nuit tombée, Jérémie pénétra en Syrie sous un ciel totalement étoilé. Tout de suite, il profita de l’obscurité pour poursuivre son chemin jusqu’à Homs. Sur la route, il voyait régulièrement l’ombre de bâtiments détruits, de carcasses de voiture, et d’un peu de végétations. Notre héros pensa que la nuit produisait le même effet d’une guerre : tout devint l’ombre de lui-même.

Au petit matin, il arriva sur les hauteurs de la ville de destination. Tous étaient que ruines. Les immeubles ressemblaient à des fantômes possédant des dizaines d’yeux et une bouche rectangulaire. En les voyant, on comprenait tout de suite que ce lieu avait subi la colère de la guerre. De plus, les routes ne pouvaient plus jouer leur rôle à cause des nombreux cratères formés certainement à la suite d’un bombardement. Sur le bas-côté, on pouvait apercevoir des restes de véhicule totalement brûlés. De temps à autre, ils fumaient encore, tout comme les ruines d’un imposant bâtiment situé au loin. Pour le moment, aucun signe de vie ne se montrait. Soit la totalité des êtres vivants s’était entre-tuée, soit la terreur dormait encore.

Jérémie descendit dans la ville, prudemment (toujours entouré d’un calme total). Il ne voyait toujours pas d’activité humaine. Il n’y avait même pas un chien ou un chat errant. Soudain, la vitre passagère arrière gauche explosa. Le conducteur pensa :

« Voilà une situation normale »

Il fonça avec la voiture vers un haut immeuble situé à sa gauche. La portière se frotta violemment contre un mur en béton troué par des balles, en produisant des étincelles. Une fois la voiture immobile, le conducteur sortit, tête baissée, par la portière passager. Il courut se réfugier dans l’entrée de l’immeuble, en fessant le tour de la voiture le plus vite possible. À l’intérieur, des morceaux de mur jonchaient le sol où des dizaines de petits carrelages n’étaient plus à leur place.

Un bruit de pas précipités se fit entendre dans la cage d’escalier. Jérémie eut un petit frisson dans le dos. Ses réflexes, acquis durant les différents conflits, lui ordonnèrent de se cacher derrière les escaliers. Un homme habillé en militaire apparut de dos. Il portait un fusil mitrailleur en bandoulière.

« Jérémie, mon ami, sort de ta cachette. Je suis ton contact, Saïd »

Le français sortit. Le militaire se tourna vers lui en souriant. Il portait une barbe naissante et de longs cheveux frisés descendant jusqu’aux épaules. Son nom était Saïd. Jérémie l’avait connu par internet, plus précisément sur un forum.

Après les salutations habituelles, Saïd proposa à son ami d’entrer directement dans le vif de l’action en allant voir comment il allait tuer le tireur d’élite de tout à l’heure. Ils montèrent sur le toit de l’immeuble où se trouvait un groupe de cinq rebelles. Tous faisaient très attention à ne pas faire dépasser leur tête au-dessus du muret qui encadrait le toit. Cette attention avait pour but de ne pas se prendre une balle en pleine tête. L’un d’entre eux tenait une petite requête. Après avoir salué Jérémie et clamé la grandeur de dieu à voix basse, l’homme, dont un foulard à carreaux rouges et blancs laissait uniquement voir des yeux pétillants de joie, plaça le projectile dans un mortier posé sur le sol et tourné vers un minaret qui était sûrement le refuge du sniper. À peine la requête enfoncée dans le tube, elle fut projetée vers le bâtiment, dans un fort sifflement. Quelques secondes après, une détonation retentit, accompagnée par des cris pour la louange d’Allah. Saïd se tourna vers son nouveau compagnon et dit :

« Bienvenue en enfer »

Les jours suivants étaient consacrés au filmage des atrocités faites par l’armée syrienne. Les avions bombardaient régulièrement des écoles pour tuer volontairement un maximum d’enfants. Le but étant de traumatiser la population et par conséquent la dominer de nouveau. De plus, Saïd expliqua devant la caméra que les soldats du gouvernement mettaient volontairement des cadavres de rebelle dans les rivières pour que la population les voie et pleure leurs morts.

Au troisième jour du tournage, les deux amis pénètrent en silence dans une cour intérieure fessant partie d’une grande demeure. Les rayons du soleil formaient un magnifique puits de lumière encadré d’ombre. La forte clarté mettait en valeur les minuscules carrelages posés au sol. Des plantes vertes avaient été mises à chaque coin de cette petite place. Lorsqu’on levait les yeux au ciel, on voyait une série d’étages formés par des « gardes fous » devançant des portes et des fenêtres, elles-mêmes protégées par une série de barreaux en métal noir. Au fond de cette tour de vide se trouvait un rectangle bleu uniforme avec, en son centre, un cercle jaune. Une intense chaleur régnait en ce lieu.

Les deux hommes, l’un armé de sa caméra et l’autre d’une kalachnikov, avancèrent prudemment vers une porte située devant eux, pour ressortir derrière la bâtisse. Saïd posa à peine sa main sur la poignée que cette dernière s’abaissa toute seule. Aussitôt, il pointa son arme vers la porte, tout en faisant signe à Jérémie de reculer. Derrière la porte, une voix féminine prononça fermement ces dires :

« Je suis une rebelle comme vous »

Il ouvrit la porte doucement, tout en continuant à la mettre en joue. Petit à petit, une jeune femme apparaissait à la vue des hommes. Elle portait l’uniforme militaire au complet. Lorsqu’on voyait les plis au niveau des manches de la veste, et du pantalon, on pouvait en déduire qu’elle avait sûrement volé ces habilles d’un soldat de grande taille. Étrangement, malgré sa tenue, une certaine féminité entourait cet être, surtout au niveau de ses mains qui tenaient pourtant un fusil. Ses cheveux se cachaient sous un Keffieh noir et belge. Le fait de ne pas voir sa chevelure mettait en valeur ses yeux bleu foncé. La jeune femme reprit rapidement la parole :

« Je m’appelle Chahla. Je suis seule, car tous mes compagnons d’armes sont tombés au combat, tout comme ma famille »

Elle prononçait ces mots en se forçant à ne pas montrer ses émotions.

« Bienvenue dans notre groupe de combat, Chahla » dit fièrement Saïd.

Les jours passés et les combats s’intensifiaient. Le trio menait des actions de sabotage pour mettre en déroute l’armée. Une fois, ils pénétrèrent, durant une nuit, dans un service d’épuration d’eau qui desservait uniquement l’armée. Ils placèrent des explosifs, puis s’éloignèrent du bâtiment. Quelques secondes plus tard, une énorme boule de feu s’éleva parmi la pénombre.

Au même moment de ces actions, Jérémie et Chahla faisaient plus amble connaissance, surtout durant les soirées à la belle étoile, sur le toit d’un immeuble. Ils se retrouvaient toujours seuls au tour d’un feu, car Saïd profitait du calme pour rendre visite à sa famille. Le couple discutait souvent de sujets sociétaires, comme la religion. La jeune femme était favorable à un état laïc. Elle détestait les extrémistes religieux qui voulaient absolument appliquer la charia. Cela signifierait que la totalité des femmes du pays serait réduite en état de « meuble ». Elles n’auraient plus aucun droit et elles seraient obligées de se promener sous une sorte de drap tel un fantôme. La jeune femme voulait, pour son pays, une démocratie laïque comme en Europe.

Les jours passés et ce duo se rapprochait de plus en plus. Il appréciait les moments passés à deux. Leur amitié était passée à un stade supérieur, mais ils l’ignoraient encore.

Le 25 septembre, Jérémie était sur le point de reprendre la route, direction la Turquie pour prendre un avion afin d’entrer chez lui. Cependant, une petite voix disait de rester, car une nouvelle vie l’attendait. Il vie dans les yeux de Chahla des larmes. Cela le surpris énormément, il l’a connaisse bien à présent. Même le récit de la mort de sa mère ne lui tirait aucune larme. L’homme comprit la situation. Il descendit de son véhicule, puis courus vers la femme pour l’embrasser.

Le soir, après une longue discussion avec sa petite amie et Saïd, notre homme décida de rester en Syrie, non plus pour filmer, mais pour se battre auprès du peuple.

Chaque nuit suivante, le couple descendait dans une cave spécialement aménagée pour eux. On y trouvait, au centre, un lit entouré de bougies posées à même le sol. Elles formaient une bulle de lumière dans laquelle les amoureux s’y réfugiaient pour faire l’amour. Durant ces moments, ils avaient la sensation d’être isolés de l’horreur de la guerre. Les hurlements de cette dernière leur paressaient très lointain. Plus rien ne comptait pour eux. Leurs sentiments l’un vers l’autre se matérialisaient au travers de caresses et de baisers.

Après un an de conflit, les rebelles prirent le pouvoir et formèrent une démocratie laïque. Le jeune couple se maria en prenant Saïd comme témoin, et eut deux filles.

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